Qu’est-ce que Boko Haram ?

Au printemps 2014, le monde découvre, horrifié, Boko Haram, après l’enlèvement de 276 lycéennes à Chibok, au Nigéria, provoquant l’émotion et la mobilisation de la communauté internationale.

Devenu aujourd’hui l’un des groupes terroristes les plus meurtriers au monde, Boko Haram sème la terreur en Afrique de l’Ouest. Implanté publiquement dans cinq villes à l’ouest du lac Tchad (Mallam Fafiri, Kawkili, Madai, Mongona), il mène, depuis la rive nigériane du lac, des raids dans toute la région : dans le nord du Cameroun, à l’ouest du Tchad, dans le sud-est du Niger et dans l’État de Borno, au Nigéria.

Groupe armé créé au Nigéria en 2002, Boko Haram (« L’éducation occidentale est péché » en langue haoussa) est à l’origine un mouvement religieux d’inspiration wahhabite prônant un Islam radical et rigoriste, sous la direction de son fondateur, Mohammed Yusuf. Il commence à attirer des fidèles dans les années 1990 en recrutant notamment parmi les étudiants coraniques défavorisés.

On ne peut comprendre le phénomène Boko Haram si on fait abstraction des atrocités de l’armée nigériane. Ses exactions à l’encontre de la population poussent les jeunes vers ce mouvement. En effet, le passage à la lutte armée de Boko Haram est postérieur à l’exécution extra-judiciaire et publique de son fondateur, Muhammad Yusuf le 30 juillet 2009 suite à plusieurs attaques simultanées de son groupe contre les autorités dans quatre provinces au nord du pays. Celles-ci avaient été menées pour se venger de la mort de plusieurs adeptes, tués par les forces de l’ordre, pour cause de « non-port du casque » alors qu’ils étaient à moto.

Son fondateur, ainsi que 700 autres membres du mouvement, sont exécutés lors de ces affrontements, alors que les cadres rescapés s’enfuient à l’étranger, avant d’être récupérés par la mouvance djihadiste internationale.

Abubakar Shekau, ex-bras droit de Mohammed Yusuf, prend alors la tête du mouvement qui sombre dans la violence, avec des dizaines d’attaques faisant plusieurs milliers de morts, prenant pour cible des écoles, des églises, des mosquées et des symboles de l’État et des forces de l’ordre, principalement dans le nord-est du Nigéria.

En août 2014, Boko Haram proclame un « califat » dans les zones sous son contrôle, puis prête allégeance à Daesh en mars 2015 et prend alors le nom d’État islamique de l’Afrique de l’Ouest.

Boko Haram, et sa répression, ont mis à feu et à sang le bassin du lac Tchad. Depuis son déclenchement, en 2009-2010, l’insurrection djihadiste a plongé le nord-est du Nigéria dans un cycle de violences qui aurait causé la mort de près de 20 000 personnes, et le déplacement de plus de 2 millions d’entre elles. Par ailleurs, le conflit s’est étendu, depuis 2014, au Tchad et au Cameroun, ainsi qu’au Niger, dans une moindre mesure.

Le mouvement africain transnational est désormais divisé en deux factions rivales : celle d’Abubakar Shekau et celle dirigée par Abou Moussab Al-Barnaoui, reconnue par le pseudo- « État islamique ».

Il serait néanmoins réducteur d’enfermer Boko Haram dans sa seule dimension religieuse, car ses liens avec le djihadisme international sont seconds par rapport à sa capacité de mobilisation, qui a précédé de plusieurs années son affiliation à Daesh and Co.

En réalité, le mouvement a mis, en termes religieux, une insurrection sociale et politique contre l’injustice du système nord-nigérian et de la classe dominante qui en tire profit.

Dans les années 2000, le mouvement a même été impliqué dans la vie politique, en fournissant au gouverneur du Borno, Ali Modu Sheriff, une force électorale lors du scrutin de 2003, et en étant plus ou moins directement associé à l’administration de la charia de l’État fédéré, jusqu’à la réélection de celui-ci, en 2007, année à partir de laquelle les relations entre Ali Modu Sheriff et Muhammad Yusuf se dégradèrent. Suite à cela, les adeptes du mouvement furent de plus en plus réprimés jusqu’aux événements de juillet 2009 et au déclenchement du soulèvement, l’année suivante.

Le mouvement est généralement associé et comparé aux autres franchises de l’internationale takfiriste telles qu’AQMI, Al-Qaeda et Daesh, dont il reprend les modes opératoires et le style de communication. Mais même si Boko Haram s’est situé aux marges du salafisme de 2002 à 2009, il s’en est éloigné depuis, pour devenir un mouvement djihadiste millénariste dont la vison de l’Islam est jugé de plus en plus hasardeuse.

En réalité, le groupe ne peut se réduire à sa simple tendance djihadiste. Il se situe plus dans une tradition de mouvements armés africains d’orientation religieuse aussi divers les uns que les autres et qui ont marqué le continent depuis plusieurs siècles, telles la chrétienne « Armée de résistance du Seigneur », ou la « Séléka ».

Évidemment, les puissances de l’ « Axe occidentalo-sioniste » se sont très tôt empressées de récupérer le mouvement pour l’utiliser et l’instrumentaliser à leurs propres fins. Le processus est le même que pour Daesh and Co, avec un financement via les pétromonarchies permettant d’acquérir de l’armement occidental fourni notamment par la France et les USA.

Ainsi, à travers Boko Haram, les États-Unis contribuent directement à la déstabilisation du Nigéria, pays le plus peuplé d’Afrique, ce qui leur permet d’y déployer leurs troupes au nom de la lutte contre le terrorisme, mais surtout pour sécuriser ses ressources énergétiques en provenance du 1er producteur africain de pétrole, qu’ils peuvent continuer d’exploiter tranquillement. L’autre objectif est également de contrer la Chine présente également dans le secteur pétrolier du pays.

Les raids et les attentats de Boko Haram s’étendent vers les pays limitrophes du Nigéria, comme le Tchad, le Cameroun et le Niger. Des pays alliés de la France, que cette dernière s’empresse d’aider pour combattre le groupe et dans le même temps sécuriser ses réserves énergétiques nucléaires (Niger).

On se souvient qu’en août 2015, le site « Afrique News Info » avait dévoilé que l’armée camerounaise avait intercepté un hélicoptère français au nord du pays apportant des armes, des munitions et de l’argent à destination du groupe terroriste, et qu’en avril de la même année, cette armée arrêtait 8 soldats français combattant aux côtés de Boko Haram.

Initialement mouvement religieux d’inspiration sociale et politique dédié à la lutte contre les inégalités au Nigéria, Boko Haram est désormais devenu le cheval de Troie qu’utilisent les puissances impérialistes pour continuer de faire main basse sur les richesses naturelles de l’Afrique de l’Ouest.

Le mode opératoire occidental est resté le même : semer le chaos à travers les actions terroristes de groupes sanguinaires, et faire semblant de venir aider pour rétablir l’ordre et la paix, avec le but non avoué, mais néanmoins évident, de continuer à exploiter les ressources régionales.