Pourquoi la France cache-t-elle le nombre de ses soldats capturés en Syrie ?

Des sources bien informées avancent le nombre de 300 militaires français détenus par l’armée syrienne et qui, éventuellement pourraient servir de monnaie d’échange au cours de futures négociations.

C’est ce qu’avance Akram al Shalli, un analyste du «Bureau syrien des crises et des guerres préventives» qui a été interviewé par la rédaction d’Al Manar.

L’analyste syrien évoque des «centaines» d’officiers des services de renseignements étrangers, notamment américains, britanniques, israéliens ainsi que de pays arabes qui auraient été appréhendés par Damas.

Rappelons qu’une première information au sujet de la capture de militaires français en Syrie date de la fin de l’année 2012.

En effet, selon IRIB, du 21/02/2012 :

« Les services syriens spécialisés ont arrêté une brigade française de transmission composée de 120 militaires, à Zabadani ». « Alain Juppé a été chargé de négocier avec son homologue russe Sergueï Lavrov pour trouver une solution et libérer les 120 militaires français. »

Nous remarquons que depuis que la France s’est militairement impliquée en Syrie, envoyant sur l’ordre américain ses militaires dans le nord-est et l’est de ce pays, et qu’un certain nombre de ses soldats se sont fait arrêter par les forces syriennes, une question revient sans cesse : à quand la fin du tabou des « militaires français » capturés en Syrie ?

Il est stupéfiant de voir qu’en France, un black-out total est maintenu sur ce sujet, les médias ne l’évoquent jamais et le placent sous l’étiquette « secret défense ».

En effet, le pouvoir n’ose pas informer l’opinion publique sur le « sort des prisonniers de guerre » qui se sont fait arrêter dans le cadre d’une guerre menée à l’insu même des Français !

Ni les sources syriennes ni les sources françaises n’ont abordé le cas de ces soldats explicitement. De plus, Damas n’a jamais diffusé d’images de captifs français emprisonnés sur son territoire.

il aura fallu le travail effectué par des journalistes syriens, qui sont parvenus à retrouver la trace de près de 300 militaires français retenus par le renseignement syrien.

Pour ce dernier, « ces militaires envoyés combattre l’État syrien » sont classés aux côtés de ces autres « brebis égarées » que les services secrets français ont recrutées, formées puis envoyées en Syrie sous label « takfiris».

Quant à M. Richard Labévière, journaliste et géopolitologue français et fin connaisseur du dossier syrien, il estime pour sa part ce nombre fantaisiste. En effet, pour cet ancien rédacteur en chef de RFI, le nombre avancé par Akram al Shalli «totalement aberrant», tout particulièrement au vu du nombre de forces spéciales engagées dans le Nord syrien : 300 prisonniers, cela représenterait plus de la moitié des effectifs français déployés en Syrie, entre Kobané, Hassaké et Der-ez-Zor, en comptant les forces spéciales du COS (Commandement des opérations spéciales) ainsi que celles du Service action de la DGSE. Il insiste déclarant :

«Le chiffre pose problème, je ne vois pas très bien comment on peut mettre la main sur 300 soldats d’un coup.»

Pour lui, il aurait été impossible de garder une telle information secrète, il a ajouté :

«300 soldats français au trou, si c’était le cas, ça se saurait! Cela aurait transpiré par d’autres sources militaires françaises, ce qui n’est pas le cas.»

Au cours d’entretiens entre Assad et Poutine, le président syrien aurait évoqué le sort de ces « prisonniers de guerre européens ». Ce dernier aurait confirmé à son homologue que son pays détenait, secrètement des centaines d’agents et de militaires britanniques, français, émiratis, israéliens, saoudiens et turcs et qu’il était hors de question de les libérer, selon des sources syriennes.

Rappelons qu’un premier accord franco-syrien conclu au terme des négociations secrètes menées en 2013 et 2014 entre Damas et Paris a été marqué par la trahison de Paris. Dupé alors, le président Assad s’est rétracté.

Pour Damas, la France est considérée comme un des principaux soutiens au terrorisme sur le territoire syrien et Assad détient des preuves vivantes qui pourront s’avérer fort compromettantes pour l’État français.

Nous trouvons scandaleux et inadmissible ce black-out total du gouvernement et des médias nationaux sur un sujet qui concerne et touche autant le peuple français dans la mesure où il s’agit de ses enfants.

Pourquoi nos soldats sont-ils partis combattre en Syrie ? De quel côté se trouvaient-ils ? Qu’a donc gagné notre pays par sa participation à cette guerre meurtrière qui a détruit un pays souverain ?

Le dossier des soldats français fait prisonniers par l’armée syrienne soulève bien des interrogations et la plus importante demeure quel va être leur sort ?