« Otan arabe »: un concept falsifié pour arnaquer les Arabes

Le soutien apporté par les États-Unis à l’ « Otan arabe » (appelé l’Alliance stratégique pour le Moyen-Orient ou MESA) se limite pour le moment à la vente d’armements aux pays qui doivent former cette soi-disant alliance militaire contre l’Iran.  

Un exercice militaire conjoint de cet Otan du Moyen-Orient, Bouclier arabe-1, a débuté ce 3 novembre, sur la base militaire Mohamed Naguib (ouest d’Alexandrie en Égypte). D’autres zones d’exercices aérien et maritime en Méditerranée sont également concernées. Les forces spéciales ainsi que les forces terrestres, maritimes et aériennes de l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, Bahreïn et la Jordanie y participent. Le Maroc et le Liban y participent également mais en tant qu’ observateurs.

 » L’exercice Bouclier arabe-1 doit consolider les relations de coopération militaire entre l’Égypte et les pays arabes et renforcer les capacités de combat des forces armées pour réaliser les objectifs communs « , a indiqué le chef adjoint du Corps d’entraînement des forces armées égyptiennes.

Or, les différends sont nombreux entre ces pays, comme l’affirme le site d’information Al-Monitor, qui est revenu lundi sur ces  » divisions politiques au sein du front unifié contre l’Iran « . Atteindre des « objectifs communs », comme la confrontation avec l’Iran, via cet « Otan arabe », semble être donc compliqué même si Trump vient de lancer des sanctions pétrolières contre Téhéran.

De plus, le Qatar, pays arabe du bassin du Golfe, est exclu, non seulement de cet exercice, mais également du MESA, cette alliance lancée à l’origine par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dont la finalisation a été reportée au mois de janvier et pourrait même être reportée, encore, à une date ultérieure.

Un responsable américain a déclaré à Al-Monitor que le gouvernement Donald Trump espérait voir une solution de la crise diplomatique entre le Qatar et ses voisins du Golfe  avant la création définitive de cette alliance.

Citant Zack Gold, analyste à la CNA, un think thank basé à Washington, le site rapporte que  » les États-Unis ont raison de dire qu’un groupe régional devrait inclure l’ensemble du CCGP [Conseil de coopération du Golfe persique] « .

C’est en fait une sorte de clin d’oeil au Qatar qui s’est dit, l’été dernier, prêt à dépenser plus de 1,8 milliard de dollars pour améliorer la base aérienne d’al-Udeid qui accueille 10 000 soldats américains.

En tout cas, l’Otan arabe risque de se heurter à des difficultés supplémentaires dans les mois à venir, au moment où l’administration américaine essaye de se débarrasser aussi bien de l’affaire Khashoggi, que de la guerre au Yémen, dont elle exige la fin en donnant un délai de 30 jours à la coalition arabe pour prendre le contrôle de la ville de Hudaydah.

L’analyste d’Al-Monitor rappelle, en se référant à Tim Lenderking, sous-secrétaire adjoint du département d’État aux affaires du Golfe, que l’Otan arabe devrait aider à créer un « bouclier solide » contre les « cyber-attaques potentielles de l’Iran » et pourrait contribuer à un règlement des conflits en Syrie et au Yémen.

Mais les responsables américains n’ont pas réussi à concrétiser cette idée qu’ils avaient dans la tête depuis des décennies.

En 1997, le général Anthony Zinni, alors chef du CENTCOM, était favorable à la création d’une alliance arabe pour des projets de guerre par procuration contre l’Iran. Ce qui empêcherait un enlisement de l’armée US dans un combat direct sur le territoire spécifique, du point de vue géographique, de l’Iran.

Al-Monitor rappelle ensuite que l’assistance américaine pour une future « Otan arabe » serait limitée aux ventes d’armes et équipements militaires. Et comme un responsable américain l’a précisé, l’ « Otan arabe » ne serait probablement pas financée par l’argent des contribuables américains.

Il est vrai qu’avec la formation de celle-ci, les Américains voulaient en fait arnaquer les Arabes. C’est un concept falsifié dans la mesure où l’Otan est un commandement central lié au Centcom US et doit être protégée par les États-Unis. Ce que les Américains n’entendent pas faire pour une « Otan arabe ».

Les analyses occidentales sur la vocation de cette OTAN convergent toutes sur un objectif : il s’agit de contrer l’Iran. Mais les experts occidentaux, qui tentent souvent de cacher les vrais enjeux de ce genre de projets, restent sceptiques sur les véritables chances de la création d’une « Otan arabe ».

Concernant ses objectifs, le journal égyptien Al-Ahram indique que sa principale mission sera de divertir l’opinion arabe avec la rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran, sur fond d’oppositions confessionnelles, afin de détourner son attention d’Israël, lui permettant ainsi de continuer son expansionnisme régional et d’honorer le « Deal du siècle », ce plan proposé par Trump pour le règlement de la crise israélo-palestinienne.

Les États-Unis cherchent donc à exacerber les tensions entre les deux puissances rivales de la région pour mieux les assommer et réconforter Israël dans l’idée que ses plans néfastes seront menés à bien par cette Otan arabe.

Souvenons-nous d’un discours tenu en février 2017 par Donald Trump à la Maison-Blanche devant les gouverneurs des États. Le président américain y avait alors fait remarquer que « les États-Unis ont mené des opérations militaires au Proche-Orient pendant 17 ans et y ont gaspillé six milliards de dollars. C’est inadmissible, car nous ne sommes arrivés à rien ».

Alors, pense-t-il faire faire des économies à son pays (dont la dette est incommensurable) en promouvant la création de cette Otan arabe pour ensuite l’envoyer comme chair à canon face à l’Iran…?