L’Europe, principale concernée du retrait des USA du Traité sur les forces nucléaires?

Accusant, à tort ou à raison, Moscou de violer le Traité FNI tout en soupçonnant, en même temps la Chine de développer activement des armes, Donald Trump avait annoncé, samedi son intention de sortir de ce traité.

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov ainsi que le signataire russe du document, Mikhaïl Gorbatchev avaient averti Washington du danger de cette initiative, évoquant la possibilité d’une riposte.

Signé le 8 décembre 1987 par le Président américain Ronald Reagan et le secrétaire général du Parti communiste Mikhaïl Gorbatchev, le Traité FNI visait à détruire sur 3 ans les missiles d’une portée de 500 à 5.500 km.

Vue l’urgence de la situation, l’Union européenne a appelé les États-Unis à réfléchir aux conséquences qu’aurait leur sortie du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire qui avait contribué à mettre un terme à la Guerre froide.

En effet, lundi, Mme Maja Kocijancic, la porte-parole des Affaires étrangères de l’UE et de la politique de sécurité avait déclaré aux journalistes que :

« Le traité sur les forces de portée intermédiaire en Europe a contribué à mettre un terme à la Guerre froide, à la course aux armements nucléaires et constitue l’une des pierres angulaires de l’architecture de sécurité européenne, depuis son entrée en vigueur il y a 30 ans.»

Elle a fait remarquer que, par le biais d’un dialogue constructif, les parties russe et américaine avaient besoin d’assurer la mise en œuvre complète et vérifiable du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire.

On peut lire sur sa déclaration diffusée sur le site du Service européen pour l’action extérieure :

« Nous attendons de la Fédération de Russie qu’elle réponde de manière substantielle et transparente aux préoccupations sérieuses concernant l’application qu’elle fait du Traité FNI, nous attendons tout autant des États-Unis qu’ils considèrent les conséquences de leur possible retrait du Traité FNI pour assurer leur propre sécurité, ainsi que celle de leurs alliés dans le monde entier.»,

Elle a rappelé que ce traité était important pour la sécurité européenne et internationale et a ajouté que, grâce à lui, presque 3.000 missiles dotés d’ogives nucléaires et conventionnelles avaient été, véritablement détruits.

Dans un entretien accordé à Sputnik, M.Viktor Litovkine, un expert militaire a estimé qu’ :

« En cas de sortie des États-Unis du Traité FNI, la Russie sera tout simplement contrainte de pointer ses missiles sur les pays qui autoriseront les Américains à redéployer sur leur territoire les missiles que Washington avait retirés en 1987. »

Il a fait remarquer :

« Et il s’agit pratiquement de tous les pays membres de l’Otan qui ont, aujourd’hui perdu leur souveraineté. Par conséquent, l’Europe devra désormais vivre dans la ligne de mire des missiles russes. Cela concerne, en premier lieu l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et, peut-être, l’Italie, des territoires où se trouvent des bases américaines. Dans de telles conditions, il faudra oublier toute perspective d’amélioration des relations entre la Russie et les Européens. »

Il a expliqué que sur le plan militaire, le Traité FNI était justement nécessaire pour écarter toute menace d’autodestruction mutuelle pour les deux parties.

M.Litovkine a argué :

« C’est que les missiles déployés en Europe pouvaient atteindre des cibles en Russie en l’espace de 8 à 10 minutes, et vice versa. Les commandements militaires des 2 parties n’auraient tout simplement pas le temps de prendre une décision réfléchie sur les démarches à entreprendre en cas de tir fortuit de missiles.

Aussi, le démantèlement des missiles à portée intermédiaire a-t-il été un grand acquis à l’époque. Il a réduit la tension entre les 2 parties, tout en renforçant leur confiance mutuelle.»

En conclusion, il n’a pas oublié de faire remarquer que le retrait des États-Unis du Traité FNI pourrait bien pousser la Russie et d’autres pays à accélérer la course aux armements.

Dans une interview accordée à Sputnik, l’ex-Président soviétique Mikhaïl Gorbatchev a déclaré :

« On a l’impression que la partie américaine s’est retrouvée dans une impasse pour prendre ses décisions et a suivi cette voie irresponsable.»

Il a ajouté :

« Dans l’optique d’un éventuel retrait des États-Unis du Traité FNI, il importe de faire appel aux institutions internationales, notamment aux Nations unies. »

Rappelons qu’en mai 1991, les conditions prévues par l’accord avaient été remplies : l’Union soviétique avait détruit plus de 1700 missiles balistiques et de croisière basés au sol, et Washington s’était débarrassé de 859 missiles.

Conclu à durée indéterminée, le Traité permet à chacune des parties de le quitter en justifiant l’indispensabilité de son geste.

Ces 30 dernières années, Moscou et Washington ne cessent d’échanger des piques, s’accusant mutuellement de violer le document et proférant des menaces de s’en retirer.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait précédemment indiqué que Moscou avait des questions sérieuses à poser aux États-Unis à propos de certains «écarts» que les Américains se permettaient en appliquant le Traité.

Force est de constater que se retirer des accords conclus devient récurrent pour le locataire de la Maison Blanche, ce qui met sérieusement à mal sa crédibilité.

Arriver à conclure des accords entre États est un travail de longue haleine qui nécessite des capitaux et des concessions énormes pour enfin arriver à une solution satisfaisante pour toutes les parties.

Voir ensuite un membre s’en retirer, sans aucune raison, sinon son arrogance et son égocentrisme démesuré, c’est tout simplement inadmissible et irresponsable, d’autant plus que le traité FNI constitue l’une des pierres angulaires de l’architecture de sécurité européenne et internationale.

À quand des dirigeants responsables dignes de ce nom et œuvrant pour la sécurité et le bien-être des peuples ???