La France contre la décision britannique de blacklister le Hezbollah

Londres décide d’interdire le Hezbollah libanais dans son intégralité. ©Al-Alam/illustration

La Grande-Bretagne n’innove pas : en incluant la branche politique du Hezbollah sur sa liste noire, le pays de sa Majesté croit pouvoir peser sur l’équation politique au Liban qui ne se joue plus sans la présence de la Résistance libanaise, celle-ci faisant désormais partie de la vie politique au Liban.

À l’annonce de la décision de Londres, deux parties s’en sont félicitées : Tel-Aviv et Washington. Via des tweets, les deux parties américaine et israélienne ont appelé les « autres pays européens » à emboîter le pas à la Grande-Bretagne. Ces autres pays seraient surtout la France, connue pour son poids et ses liens particuliers avec le Liban.

Quelle a été la réaction de Paris à l’annonce forte « imprudente » de Londres?

Pour une fois, la manœuvre anglo-saxonne ne ratisse pas large à Paris.

« Il n’appartient pas à la France ou à d’autres puissances extérieures de savoir quelle force politique représentée au Liban serait bonne ou non. C’est au peuple libanais de le faire », a déclaré lundi à Paris le président français, lors d’un point de presse conjoint avec son homologue irakien, Barham Saleh. 

Emmanuel Macron a affirmé que la France faisait le « distinguo » entre la branche militaire du Hezbollah et le mouvement politique avec lequel Paris doit « échanger » :

 

« La France fait une distinction entre l’aile militaire du Hezbollah et son bras politique. Il revient aux citoyens libanais de statuer là-dessus. … Ce distinguo permet de lutter contre ceux qui ont des actions strictement militaires de type terroriste et de poursuivre cette politique dite de dissociation du Liban, afin d’éviter que le Liban ne soit en quelque sorte le théâtre importé des conflits régionaux.

Il n’appartient pas à la France ou à d’autres puissances extérieures de savoir quelle force politique représentée au Liban serait bonne ou non. C’est au peuple libanais de le faire », a conclu M. Macron en référence à la politique de distanciation à l’égard des conflits régionaux prônée par le gouvernement libanais.

 

Par cette prise de position bien transparente, souligne Hanif Ghafari, expert des questions politiques, la France évite à vrai dire un dangereux piège tendu par le camp anglo-saxon. Depuis l’annonce du retrait US de Syrie, la politique américaine semble consister à pousser la France à s’engager dans un face-à-face sans merci l’opposant à la fois à Damas, à Moscou et à l’axe de la Résistance.

Les forces US se retirent des bases militaires au nord et au nord-est et y implantent les Forces françaises à leur place. Une récente explosion au siège des forces françaises à Raqqa a laissé des morts dans les rangs des militaires français sans que les Américains sentent le moindre du monde le besoin d’en répondre à leur allié français.

Selon des sources proches de l’armée syrienne, plus de sept ans après le début de la guerre contre l’État syrien, les États-Unis ont réduit la France et la Grande-Bretagne au rang de leurs supplétifs.

Les « Rafale français ont surtout pour mission de collecter des données et de les transmettre au CentCom US. Ce n’est pas ainsi qu’il faut traiter des alliés, fait remarquer l’expert.

« Le refus de M. Macron de jouer la « partition anti-Hezbollah » de l’axe Washington-Londres-Tel-Aviv renverrait surtout à la volonté de Paris de réduire au maximum les risques d’une confrontation avec la Résistance, car tout compte fait le maintien de 400 militaires américains annoncé il y a deux jours et salué par ailleurs par le président Macron, ne vise qu’à faire enliser la France en Syrie qui a la ferme intention de reprendre le contrôle de l’ensemble du territoire syrien, ajoute l’expert.

Simultanément aux tentatives de Washington de redoubler les pressions sur le Hezbollah, le ministre britannique de l’Intérieur, Sajid Javid a annoncé lundi que Londres décidait de considérer l’ensemble du mouvement de Résistance libanaise comme un « groupe terroriste« .

Cette décision entrera en vigueur vendredi si elle reçoit l’aval du Parlement britannique. L’appartenance au Hezbollah ou toute incitation à soutenir la Résistance serait ainsi considérée comme un « crime passible de dix ans de prison ».

Le gouvernement israélien a été évidemment le premier à se réjouir de l’annonce britannique, suivi par Washington.

Pour le Hezbollah, la démarche britannique relève de la pure « propagande » : « Cette démarche est un coup de pub dans la mesure où le Hezbollah n’entretient aucune relation avec la Grande-Bretagne et ce, depuis longtemps. Ce coup de pub n’aura aucun impact sur les activités du Hezbollah et n’ira pas plus loin qu’une manœuvre propagandiste États-Unis/Israël/Arabie-Saoudite ».

Le bloc du Hezbollah au Parlement libanais est composé de 14 députés. Le parti de la Résistance dispose en outre de trois portefeuilles au sein du nouveau gouvernement du Premier ministre Saad Hariri : la Santé, la Jeunesse et le ministère d’État pour les Affaires du Parlement.