Israël et Washington, grands vainqueurs de l’élection brésilienne

L’élection de M. Jair Bolsonaro, dimanche 28 octobre dernier, est une excellente nouvelle pour l’Empire américano-sioniste.  Une élection au second tour de la présidentielle brésilienne obtenue avec 55,15% des voix face à son adversaire de gauche, Fernando Haddad.  L’ex-capitaine de l’armée, qui prendra ses fonctions en janvier 2019, ne cache pas son admiration pour Donald Trump, ainsi que sa profonde amitié pour Israël. Des sentiments qui devraient rapidement se traduire en actions concrètes et rebattre les cartes de la politique étrangère de son pays.

Calquant ses positions sur celles du président américain, Bolsonaro, que la presse occidentale se plait à décrire comme un « Trump tropical », constitue probablement le candidat préféré des USA pour diriger le Brésil.

Son élection va certainement bouleverser toute l’architecture géostratégique de l’Amérique du Sud et faire prendre au pays un virage à 180 degrés, quasiment du jour au lendemain. Le Brésil, membre des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), censés assurer une force de négociation et un contre-pouvoir face aux puissants États occidentaux, s’apprête ainsi à changer de cap et tourner le dos à ses anciens alliés.

La victoire de Bolsonaro met fin à un règne presque ininterrompu de la gauche brésilienne depuis 1995, et voit arriver le premier président d’extrême droite depuis la fin de la dictature militaire en 1985, dans le plus grand pays d’Amérique latine.

Ce populiste de la droite ultralibérale, membre quelconque du congrès durant 27 ans et partisan déclaré de la torture, assume son soutien des dictatures militaires brésiliennes du siècle dernier et stigmatise sans nuance, les Noirs, les femmes, la gauche dans son ensemble, et les pauvres.

Scandales politiques, corruption, marasme économique et forte insécurité auront provoqué le ras-le-bol d’une majorité de la population.  Elle a décidé de changer totalement de cap et de laisser sa chance à ce candidat, qui a bénéficié de 3 soutiens économiques de poids : les entreprises liées aux matières premières, les sociétés agroalimentaires et la quasi-intégralité des églises évangélistes (qui comptent 42 millions d’adeptes).

Mais la raison la plus importante, qui a préparé le terrain à son élection, est la guerre hybride menée contre le Brésil par Washington, qui, de manière plus subtile que les habituelles révolutions colorées, a réalisé un coup d’État législatif sous couvert de l’enquête anti-corruption dite du « Car Wash ». Un coup d’État qui a conduit à la destitution de la présidente Dilma Rousseff, et à l’emprisonnement de l’ex-premier dirigeant du pays, M. Lula pour corruption, sans aucune preuve tangible, empêchant ce dernier de se porter candidat alors que tous les sondages le donnaient facilement gagnant.

La gauche anti-impérialiste éliminée, la médiatisation et le marketing ont fait le reste, amenant le populiste, adepte des formules chocs, au pouvoir, à la grande satisfaction de ses sponsors.

Du point de vue interne, il n’est pas difficile de prédire quelles seront les conséquences de l’élection de ce néolibéral : appauvrissement des classes défavorisées, disparition de la classe moyenne, enrichissement des classes aisées, ultra-sécurisation de la société et favorisation des intérêts des groupes financiers et économiques au détriment de ceux des citoyens.

La politique étrangère brésilienne s’apprête également à un changement radical d’orientation pour s’aligner sur la position américaine, notamment en ce qui concerne les relations avec l’entité sioniste criminelle israélienne, avec laquelle Bolsonaro ne cache pas sa proximité et sa profonde amitié.

Ses déclarations d’amour à l’égard du régime israélien sont multiples et anciennes, et il les assume totalement, ayant déclaré plus d’une fois « admirer Israël en tant que pays »,

On se souvient ainsi que l’an dernier, lors d’un discours à Rio de Janeiro, devant des centaines de milliers de personnes, il avait déclaré : “Mon cœur est jaune et vert mais aussi bleu-blanc”.

Le président de la Knesset Yuli Edelstein, qui avait rencontré Jaïr Bolsonaro en Israël en 2016, l’a qualifié “d’ami authentique d’Israël”. Il l’a invité à se rendre en Israël et lui a souhaité pleine réussite dans son mandat, alors que le président élu a déclaré que sa première tournée à l’étranger serait pour Israël. Tout un symbole…

Avant le vote, Bolsonaro avait promis de déplacer l’ambassade du Brésil en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem, rejoignant le Guatemala et les États-Unis et de reconnaître ainsi Jérusalem comme capitale d’Israël. Il avait également appelé à la fermeture de l’ambassade de l’autorité palestinienne dans la capitale brésilienne, Brasília. « La Palestine est-elle un pays ? La Palestine n’est pas un pays, il ne devrait donc pas y avoir d’ambassade ici », avait-il déclaré, ajoutant, « vous ne négociez pas avec les terroristes. »

Il confirmait ses propos au lendemain de son élection, jeudi 1er novembre, en déclarant sur Twitter : « Comme nous l’avons déjà annoncé lors de la campagne, nous avons l’intention de transférer l’ambassade du Brésil de Tel-Aviv à Jérusalem. Israël est un État souverain et nous devons respecter cela pleinement. »

De telles décisions et orientations constitueraient une rupture totale avec la tradition diplomatique du Brésil sur le dossier israélo-palestinien, jusque-là plutôt solidaire des Palestiniens. Brasília a été jusqu’à reconnaître l’État de Palestine dans ses frontières de 1967 fin 2010, ce qui avait provoqué un effet domino à travers les États d’Amérique latine. Les Palestiniens pouvaient compter sur le soutien de ces pays à l’ONU, qui n’hésitaient pas à condamner les violences israéliennes.

Ce changement probable de cap peut s’expliquer par trois causes essentielles, liées les unes aux autres : le fait que la base populaire du président élu soit composée d’adeptes des églises évangélistes, pour qui le concept de « Terre sainte » est synonyme d’État d’Israël, l’admiration du président élu pour l’État colonial israélien, et enfin, son alignement volontaire sur les desiderata de Donald Trump.

Il faut savoir que les évangélistes voient en Israël une sorte d’idéal, qui doit être défendu à tout prix, quelle que soit l’attitude de ses dirigeants. Les néo-pentecôtistes brésiliens, qui représenteraient près du tiers de la population, suivent les préceptes de ce sionisme chrétien, selon lequel le retour des Juifs en terre sainte et la création de l’État d’Israël en 1948 sont en accord avec une prophétie biblique qui annonce le retour du messie. Tel-Aviv a su habilement manipuler l’importance fondamentale de la terre d’Israël biblique dans la foi de millions d’évangélistes, dont le nombre ne cesse de croître. « Au fur et à mesure, la Terre sainte  est devenue synonyme d’État d’Israël », souligne Mme Oualalou, journaliste spécialiste de l’Amérique latine, qui rappelle aussi que « ce travail s’est fait sur fond d’islamophobie importée des États-Unis depuis 2001, et d’amalgame entre musulman et arabe ».

L’admiration pour l’entité sioniste criminelle du président Bolsonaro est ancienne, lui qui, dans son premier entretien à la presse étrangère, accordé au quotidien israélien « Israël Hayom » affirmait « Israël peut compter sur notre vote aux Nations unies sur presque toutes les questions relatives à l’État hébreu », avant d’ajouter qu’il « aimait le peuple israélien et Israël ».

Le rapprochement avec Israël est également dû à la fascination du président élu pour les technologies de pointe de l’armée coloniale. À ce propos, son fils Flavio Bolsonaro et le gouverneur élu de Rio, Wilson Witzel, doivent s’y rendre prochainement afin d’acquérir des drones d’attaque qui pourraient être utilisés par les forces de l’ordre dans la lutte contre les narco-trafiquants, mais aussi contre d’éventuels troubles de l’ordre public, pouvant être provoqués par des manifestations anti-gouvernementales. il faut dire qu’en matière de répression, l’entité criminelle est un exemple à suivre pour beaucoup, et son armée d’assassins d’enfants fascine jusqu’à la progéniture du nouveau président.

Ainsi, des photos de deux de ses fils, portant des tee-shirts à la gloire du Mossad (l’agence  de renseignement de l’entité sioniste, spécialisée dans les assassinats en tous genres, y compris à l’etranger) et de l’armée coloniale israélienne (Tsahal) sont devenues virales sur les réseaux sociaux, au lendemain de l’élection présidentielle. Les clichés ont été pris en mai 2016, lors d’un voyage de la famille en Palestine occupée, et publiées sur Twitter par le député fédéral Eduardo Bolsonaro, troisième fils du président. On l’y voit en compagnie de son frère Carlos, dans les rues de Jérusalem, commentant:« Un pays du premier monde qui valorise ses forces armées et sa police ». Eduardo Bolsonaro n’est pas seulement le « fils de » son père, il est également un homme politique, membre du même parti que son paternel, le Parti social libéral (PSL), tout comme son frère Carlos.

On aura donc compris que concernant l’entité sioniste criminelle israélienne, l’élection de Bolsonaro est une très bonne nouvelle car cela lui permettra d’avoir désormais le soutien des deux plus grands pays d’Amérique latine : l’Argentine et le Brésil.

Le Parti Anti Sioniste se désole de constater que de plus en plus de dirigeants de pays traditionnellement solidaires envers le peuple palestiniens opprimé se rangent désormais du côté de l’oppresseur israélien.

Une réalité qui cependant ne correspond en rien aux aspirations de leurs peuples qui continuent heureusement de soutenir massivement la cause palestinienne et la résistance héroïque d’une population admirable de courage et de ténacité face à la barbarie sioniste.