Conférence anti-iranienne de Varsovie : chronique d’un échec annoncé

Varsovie accueille aujourd’hui pour deux jours une « Conférence sur la sécurité au Moyen-Orient » organisée par les États-Unis, dont l’objectif est d’exposer la vision américaine d’une pression maximale sur l’Iran et d’un ferme soutien à l’entité sioniste criminelle.

En effet, cette politique US de « pression maximale » sur l’Iran devrait ainsi dominer l’ordre du jour, comme l’avait annoncé le 10 janvier dernier le secrétaire d’État Mike Pompeo, lors d’une conférence à l’Université américaine du Caire.

Washington se prépare à réorganiser le « Moyen-Orient élargi » et a pour ambition de créer une alliance militaire israélo-sunnite contre l' »Axe de la Résistance » à dominante chiite, dont la République islamique d’Iran est le fer de lance.

Dans une note publiée sur le site du journal libanais « Al-Binaa », le journaliste Ahmed Zain nous explique que, « pour la première journée du sommet de Varsovie, les Américains ont organisé une réunion ministérielle qui portera sur « la stabilité et la sécurité au Moyen-Orient », alors que le titre de cette réunion était initialement « Les moyens de réduire l’influence régionale de l’Iran au Moyen-Orient ». Plusieurs hauts gradés de l’armée américaine se sont opposés à l’intitulé de ce sommet, ce qui a conduit le secrétaire d’État américain Mike Pompeo à annoncer que le titre de cette réunion ministérielle avait changé en précisant toutefois que l’un des objectifs de cette conférence serait de “combattre l’influence néfaste de l’Iran dans la région” ».

En effet, Washington accuse, dans un désormais classique numéro d’inversion accusatoire, la République islamique de semer l’instabilité dans la région et de développer un dangereux programme balistique. Un comble quand on constate l’influence dévastatrice de la politique US au Moyen-Orient depuis des décennies, qui n’a semé que le chaos et la mort.

Les ministres des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de la Jordanie, du Maroc, du Koweït, de Bahreïn et du sultanat d’Oman participeront à cette réunion, ainsi que le président américain Donald Trump, son conseiller et gendre Jared Kushner, son vice-président Mike Pence, son secrétaire d’État Mike Pompeo, tout comme bien sûr, le Premier ministre et criminel de guerre israélien Benyamin Netanyahu.

Des sources concordantes réaffirment que de nombreux membres de l’Union européenne pourraient refuser de participer à cette conférence, à l’instar de la chef de la diplomatie de l’UE Federica Mogherini, absente officiellement pour cause d’agenda trop chargé.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, devrait être remplacé par un haut fonctionnaire de son ministère, tout comme son homologue français Jean-Yves Le Drian, pour qui, aucun déplacement à Varsovie ne figure sur son agenda officiel. Le chef de la diplomatie britannique, Jeremy Hunt, sera pour sa part présent, alors que le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères a déclaré qu’il manquerait l’événement en raison d’un calendrier surchargé.

Des absences qui soulignent les tensions grandissantes entre l’UE et les États-Unis depuis le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien et le rétablissement des sanctions américaines contre Téhéran.

Ainsi, même si nombre d’Européens partagent les préoccupations américaines concernant les activités régionales de l’Iran et son programme de missiles balistiques, ils ne souscrivent pas pour autant à la vision, unilatérale et maximaliste, de Washington qui accuse l’Iran de tous les maux de la région. De plus, ils ne cachent pas leurs inquiétudes face à l’agressivité US vis à vis d’une République Islamique devenue une puissance incontournable au Moyen-Orient et qui a les moyens de ne pas se laisser faire.

Le quotidien américain « The Wall Street Journal » a récemment rapporté que tous les efforts de l’administration américaine, destinés à rallier les pays européens à sa campagne de pression contre l’Iran, avaient tourné au fiasco.

Dans ce contexte de frustration américaine, le quotidien israélien « Haaretz » prévoit, dans un article publié le 18 janvier dernier qui examine les différentes dimensions de cette réunion, l’échec du sommet anti-iranien de Varsovie.

« Washington convoquera 70 dirigeants mondiaux pour tenter de former une alliance contre l’Iran. Mais ils se souviennent tous des politiques en zigzag de Donald Trump. L’objectif du sommet n’est pas clair. Il est difficile d’imaginer que cela persuade les États arabes rivaux de l’Iran de prendre des mesures concrètes contre ce pays », écrit Zvi Bar’el, analyste israélien des questions du Moyen-Orient auprès de Haaretz, qui estime que même en cas de déclenchement d’une guerre contre l’Iran, tous les pays arabes auront leurs propres priorités et ne s’aligneront pas forcément sur les Américains. »

Pour le Secrétaire général du Conseil suprême de la Sécurité nationale iranienne, le général Ali Chamkhani, ce genre de spectacle est un aveu d’impuissance : « Que le secrétaire d’état US finisse par passer de l’idée des « sanctions  maximales », mettre au pas les Iraniens, à celle d’organiser des sommets et des meetings publics contre l’Iran, cela ne pourrait  signifier autre chose que de s’avouer vaincu dans le sens strict du terme ».

Le Chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, qui a qualifié ce rendez-vous de Varsovie de « cirque anti-iranien désespéré », a critiqué la Pologne pour son alignement sur les projets anti-iraniens des États-Unis. Le ministre pointe du doigt le gouvernement polonais alors même qu’il n’existe aucune raison qui explique de près ou de loin cette « incompréhensible décision ». « La Pologne est censée être hôte de la réunion anti-iranienne, alors que l’Iran a sauvé la vie d’un grand nombre de Polonais lors de la seconde guerre mondiale. Le gouvernement de Varsovie ne saura jamais effacer cette tache noire qui ternit les relations irano-polonaises», a regretté Zarif.

Au même moment, le président russe Vladimir Poutine, qui a refusé de participer à ce sommet anti-iranien, tout comme son homologue Chinois, recevra les présidents turc et iranien, Recep Tayyip Erdogan et Hassan Rohani, dans la station balnéaire russe de Sotchi, pour discuter de la situation en Syrie, où la Russie et la Turquie tentent de créer une zone de désescalade et où les trois pays déclarent vouloir un règlement politique pour mettre fin au conflit.

Dans un entretien qu’il a accordé à la chaîne « Russia Today », Zarif a indiqué que la solution politique de la crise en Syrie, la situation à Idlib et le retrait des forces américaines de la Syrie seraient examinés lors du sommet.

Le président russe aurait choisi la date du 14 février pour organiser sa réunion afin qu’elle ait lieu à la même date que la deuxième journée du sommet de Varsovie, une manière de riposter à l’initiative de Donald Trump.

Ces deux événements concomitants, qui révèlent deux visions opposées, pourraient avoir des conséquences importantes sur le Moyen-Orient, et laisser deviner de possibles nouvelles alliances, comme un rapprochement éventuel entre Ankara et Damas, en cas d’aventure militaire américano-israélienne contre l’Iran.

Une aventure à laquelle l’UE ne semble pas vouloir participer, consciente certainement des risques encourus, de l’extrême dangerosité du projet et de l’incertitude de l’issue.

Une chose est sûre : Ce sommet, véritable complot au grand jour contre l’Iran, ne contribuera certainement pas à consolider « la stabilité et la sécurité du Moyen-Orient ».

Le Parti Anti Sioniste condamne cette réunion qui vise à former une coalition politico-militaire contre l’Iran et à préparer le terrain pour l’adoption du “Deal du siècle” élaboré par le président Trump. Son but est d’imposer une approche servant l’objectif israélien de liquidation de la cause palestinienne et de normalisation entre le régime criminel de Tel-Aviv et les pays arabes.

À l’heure où la République Islamique célèbre les 40 ans de la victoire de sa révolution, et qu’elle apparait plus forte que jamais, ce énième complot américano-sioniste ne saurait l’impressionner, ni la faire dévier de la ligne qu’elle suit depuis 1979 : celle de la résistance à l’impérialisme et du refus de la soumission à l’ordre sioniste.