Ce qu’il y a à savoir sur le retrait américain du traité INF

Le 20 octobre dernier, Donald Trump avait annoncé que les États-Unis se retireraient du traité INF (Intermediate-Range Nuclear Forces) concernant la réduction des armes nucléaires de moyenne portée conclu avec Moscou durant la Guerre froide.

Il accuse la Russie de n’avoir pas respecté ses clauses tout en précisant que Washington allait développer de telles armes, une course à l’armement qu’il estime gagnée d’avance.

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L’Europe, principale concernée du retrait des USA du Traité sur les forces nucléaires?

Il est à savoir que la récente livraison d’un important stock de munitions à la base aérienne américaine de Ramstein, située en Allemagne par les États-Unis doit rappeler à l’Europe que Washington pourrait déployer ses armements dans les pays européens s’il sort du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF), estime Mme Maria Zakharova, la porte-parole de la diplomatie russe.

Elle a déclaré que l’Europe ne doit pas rester indifférente face aux projets des États-Unis de sortir du Traité INF.

Et, elle a demandé :

« Parmi les exemples les plus récents, nous pouvons citer la livraison du plus grand stock de munitions depuis 20 ans à une base américaine en Allemagne, un record depuis les bombardements de l’Otan en Yougoslavie. Une question se pose : que se passera-t-il sans le Traité INF

Selon la diplomate, l’Europe risque d’abriter ainsi des missiles Tomahawk américains dont le déploiement est interdit par le Traité. Elle a fait remarquer que :

« Cela peut-il devenir une réalité ? Nous aimerions adresser cette question à la communauté internationale.»

De son côté, jugeant le retrait américain dangereux et soulignant son importance pour la sécurité internationale, Moscou a, immédiatement réagi par la voix du vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, qui a déclaré :

« Cela serait un pas très dangereux qui, j’en suis sûr, ne sera pas compris par la communauté internationale et va même attirer de sérieuses condamnations.»

Le sénateur Konstantin Kossatchev, président du comité des Affaires étrangères du Conseil de la fédération de Russie, la Chambre haute du Parlement russe, a pour sa part jugé que la décision américaine pouvait être considérée comme s’inscrivant dans une méthode de «chantage continu» de la part de Washington, s’inquiétant qu’une telle attitude ne mène l’humanité au «chaos complet».

Il a estimé que si les États-Unis se retiraient du traité nucléaire INF et procédaient au déploiement de leur missiles de moyenne portée en Pologne ou dans les pays Baltes, «cela constituera[it] définitivement une menace militaire nouvelle pour la Russie». Il a également expliqué que les États-Unis étaient « à la recherche d’un avantage militaire unilatéral. »

 

M. Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin a annoncé, qu’en cas de guerre nucléaire, la Russie n’attaquerait jamais en premier

Il a précisé que :

« La Russie ne se considère pas comme ayant le droit de frapper en premier et ne se réserve pas le droit à une frappe préventive.»

Dans ce contexte, le 22 octobre, le conseiller américain à la Sécurité nationale, John Bolton a rencontré le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, au lendemain de ses entretiens intenses avec plusieurs hauts responsables russes, dont le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.

M. Philippe Migault, un expert des questions de défense, a analysé pour RT France les différents aspects de cette crise, il a répondu à quelques questions :

RT : Pourquoi ce nouveau coup de poker de Donald Trump qui a déclaré vouloir retirer son pays du traité INF ? Est-il celui de trop ?

M. Philippe Migault :

« Ce traité, appelé aussi Traité de Washington n’est pas un simple texte de droit international. C’est un symbole. Celui de la fin de la première Guerre froide, entre les États-Unis et l’Union soviétique.

Celui de la dénucléarisation de l’Europe entre Atlantique et Oural. L’espoir, plus fou encore, de la constitution d’un grand espace de paix et de prospérité unissant l’Europe de Brest à Vladivostok, et la civilisation nord-américaine, de part et d’autre du détroit de Béring. »

RT : Que représente pour Moscou la décision des États-Unis de se retirer du traité INF ?
M. Philippe Migault :

« Alors que les SS-20 soviétiques étaient incapables d’atteindre le territoire des États-Unis, les Pershing-2 et BGM-109G américains basés en Europe occidentale pouvaient frapper le territoire russe avec un préavis d’alerte très court, conférant une importance stratégique à ces armes nucléaires «tactiques». Le retrait de ces vecteurs, contre celui des SS-20 représentait donc la disparition d’une menace majeure pour Moscou. Le Kremlin ne serait guère enthousiaste face au redéploiement de tels engins, non plus sur le sol de l’Allemagne de l’ouest, mais éventuellement sur celui de la Pologne ou des pays Baltes, à quelques centaines de kilomètres de Saint-Pétersbourg et de Moscou. »

RT : Quelles sont les capacités de défenses de la Russie face à un éventuel comportement belliqueux de l’OTAN ?

M. Philippe Migault :

« Les dizaines de milliards d’euros investis dans les forces armées russes depuis 18 ans par les autorités ont porté leurs fruits. Disposant de forces armées moins nombreuses mais plus professionnelles qu’il y a dix ans, mieux entraînées, dotées de matériels qualitativement et quantitativement satisfaisants, même si beaucoup reste à faire, la Russie peut faire échec à une attaque classique de l’OTAN sans recourir à un «ultime avertissement» nucléaire, comme envisageaient de le faire la France et l’Alliance atlantique pendant la première Guerre froide. »

 

Force est de constater que ce nouveau bras de fer entre les deux plus grandes puissances au monde met en péril toute la planète.

Avec son éventuel retrait du traité INF, le locataire de la Maison Blanche ne mesure pas l’étendue des dangers imminents auxquels il expose l’Europe d’abord et les autres pays ensuite. Il ouvre ainsi la boite de Pandore sans évaluer les conséquences catastrophiques que cela pourrait engendrer pour tous les pays.

Il est temps que des politiques, sensés prennent conscience que certaines limites ne peuvent être dépassées au risque de mener l’humanité vers son extinction !