Qu’est-ce que l’Eurasisme ?

L’Eurasisme se présente comme une doctrine géopolitique et un courant de pensée, remontant aux années vingt, qui promeut l’idée d’un vaste ensemble civilisationnel eurasiatique.

Entre une émigration russe blanche sceptique et un marxisme hostile, l’ Eurasisme connaît un succès très limité. Porteur d’une pensée véritablement géopolitique, il faut attendre la chute de l’Union soviétique et les débats des années 1990 pour qu’il soit propulsé comme courant incontournable de la nouvelle Russie.

Elle est reprise de nos jours par l’intellectuel et idéologue politique russe, Alexandre Douguine, principal chef de file du courant qualifié de « néo-eurasiste », qui affirme avoir « restauré une partie significative des idées des premiers eurasistes, en y  ajoutant géopolitique et traditionalisme, et en les appliquant aux réalités politiques de la Russie d’aujourd’hui ».

L’un des fondateurs de ce mouvement est le prince Nicolaï Troubetzkoï (1890-1938) né dans l’émigration russe des années 1920, qui déconstruit la tradition slavophile en affirmant, arguments à l’appui, que la Russie serait plus asiatique et touranienne que slave. Troubetzkoï glorifie également l’héritage byzantin, par opposition à un « Occident » romano-germanique.

L’objectif de l’ Eurasisme serait de rendre à la Russie son rôle de médiation entre l’Asie et l’Europe, pour la défense d’un monde multipolaire face à la civilisation américaine.

Un projet qui se présenterait donc comme une alternative face aux trois grands derniers échecs politiques, le communisme, le fascisme et le capitalisme.

En effet, selon Alexandre Douguine, lorsque la droite et la gauche ne veulent plus rien dire, et que les libéraux sont sur la même ligne que les libertaires, il ne reste qu’à inventer une quatrième et nouvelle théorie politique.

Dès lors, l’ Eurasisme est naturellement une idéologie anti-occidentale, déniant à la société occidentale le droit d’établir en qualité de normes universelles ses propres critères en matière de bien et de mal.

Selon les eurasistes, la Russie est une civilisation eurasienne, et non la périphérie de l’Europe. Ils sont des opposants à l’hégémonie occidentale, à l’expansion américaine, aux valeurs libérales, et des partisans de la civilisation russe autonome, de sa religion et de sa tradition.

Cette pensée, qui se situe au-delà des réflexes et des clivages idéologiques artificiels conditionnés, préconiserait également un retour aux spiritualités traditionnelles, en déclarant la guerre au post-modernisme de l’Empire anglo-saxon et ses ambitions de domination mondiale.

Ce projet fut initialement élaboré par des intellectuels prônant une identité russe, qui serait le fruit d’une fusion entre des éléments slaves et turco-musulmans, et affirmant parallèlement que la Russie constituerait un troisième continent situé entre un Occident matérialiste, et l’Asie.

Il va sans dire que ce courant d’idées et fortement diabolisé par les tenants de l’idéologie libérale américano-sioniste qui font tout pour le marginaliser.

Ce mouvement exerce un attrait indéniable qui ne se limite pas uniquement à la Russie, et selon les propres mots de Douguine : « le réseau eurasiste a été rejoint par des conservateurs, qu’on dit d’habitude de «droite», mais très souvent il y eut des gens «de gauche», opposants à l’hégémonie américaine. Une partie d’entre eux étaient russophiles, et une partie adhérait à l’ Eurasisme sur la base d’une réflexion pragmatique : la société traditionnelle est plus forte en Russie qu’en Occident, mais le potentiel stratégique de la Russie peut faire office de contrepoids à la domination américaine ».

Aujourd’hui, ses principaux sympathisants, ou représentants, au niveau européen sont entre autres ; Claudio Mutti (Omar Amine), Christian Bouchet, Alain de Benoist, ou bien même, Laurent James.

 

« Nous avons formé des réseaux eurasistes sur le plan mondial. Nous continuerons. Nous œuvrons et continuerons à œuvrer contre l’hégémonie américaine, travaillant à son détriment. Nous avons soutenu et nous continuerons à soutenir toutes les forces alternatives en Europe et en Asie, qui sont attachées à la tradition (pour nous il s’agit d’abord de l’Orthodoxie), à la justice sociale, et à un monde libre et multipolaire. En dépit de l’Occident, il n’y a pas une civilisation, mais des civilisations, il n’y a pas une idéologie (libérale), mais de nombreuses idéologies, il n’y a pas une humanité unifiée, mais une riche variété de cultures qui n’acceptent pas la mondialisation et qui lutteront contre celle-ci jusqu’à la fin victorieuse.

Dieu est avec nous, Peuples, entendez et faites pénitence, car Dieu est avec nous! »

Alexandre Douguine