Qui sont les « Gardiens de la Révolution » ?

Le 5 mai 1979, à peine quelques semaines après la proclamation de la République Islamique d’Iran, l’Imam Khomeiny crée par décret le « Sepah-e Pasdaran-e Enghelab-e Islami » (littéralement, le Corps des Gardiens de la Révolution Islamique, CGRI).

Désignés comme les « Pasdaran » (du persan « pasdar », gardes), ses membres sont chargés de plusieurs missions, telles que combattre les contre-révolutionnaires, lutter contre l’influence de puissances étrangères en Iran, coopérer avec l’armée nationale, et œuvrer à la bonne mise en place de la République Islamique.

Placé sous les ordres directs du Guide Suprême, et également subordonné à l’état-major général des forces armées, le « Corps des Gardiens de la Révolution Islamique » constitue l’une des institutions les plus emblématiques et les plus puissantes d’Iran.

Son objectif : contrer tout ce qui mettrait en danger la République Islamique, et protéger les acquis de la Révolution, en luttant contre l’ennemi intérieur et extérieur.

À l’origine, l’idée de ce corps était de réunir différentes unités paramilitaires en un seul organe dévoué à la République Islamique, et contrebalancer le poids considérable de l’armée régulière (formée par les USA) dont l’Imam Khomeiny se méfiait, car encore trop attachée au régime du Shah. Il ne souhaitait donc pas lui confier un rôle prépondérant, craignant de la transformer en force d’opposition contre-révolutionnaire.

Dès lors, la section 3 de la Constitution de la République Islamique introduit une dualité dans les forces armées qu’elle scinde en deux corps, l’Artesh (l’armée traditionnelle) et les Pasdaran. Alors que ces derniers ont pour mission de protéger les acquis de la Révolution, l’Artesh est chargée d’assurer la sécurité du pays, en défendant son intégrité territoriale.

Créé par et pour la République Islamique, le CGRI reflète ses idéaux et son symbolisme. Pour mener à bien les objectifs qu’il s’est vu confier, il se doit de devenir une formation à dimension religieuse. C’est pour cette raison qu’au-delà de leurs qualités proprement militaires, ses membres sont recrutés selon leur piété ainsi que leur adhésion sans faille aux idéaux de la Révolution et au Guide Suprême.

Ses compétences tactiques et stratégiques ont été développées à l’occasion de la guerre Iran-Irak (1980-1988), où il a eu l’occasion de s’illustrer dans son rôle de défenseur de la nation.

Alors que durant les premiers mois de la guerre l’armée régulière subit de lourds revers, la situation intérieure est également très critique en raison de troubles internes fomentés par les forces contre-révolutionnaires. Les Pasdaran entrent alors en jeu en encadrant et structurant les milliers de volontaires envoyés sur le champ de bataille. Ils rééquilibreront largement le rapport de force face à l’ennemi et apporteront une large contribution au salut de la naissante République Islamique.

Au nom de la « sainte défense » de la Révolution Islamique et de ses valeurs, les Gardiens se sont ainsi placés en premier rempart contre l’agresseur irakien et ses mandataires occidentaux, structurant le soutien de la nation iranienne autour d’eux. Ils en retireront un prestige immense et une reconnaissance éternelle de la population.

Sur le plan intérieur, ils ont également joué un grand rôle lors des premières années de la République Islamique, lui permettant de contrer les menaces terroristes des groupes contre-révolutionnaires pro-occidentaux. Ils ont aussi permis au pays de résister aux multiples tentatives de déstabilisation téléguidées par l’Empire américano-sioniste, dont la fameuse pseudo-révolution verte de 2009.

À la fin de la guerre, ils sont fortement impliqués dans la reconstruction du pays et vont dépasser leur rôle d’organisation militaire pour étendre leur implication à tous les champs de l’économie iranienne, comme à travers des activités commerciales et industrielles qui vont leur permettre de générer des ressources de manière indépendante.

Un capital financier considérable qui permettra de financer des opérations extérieures et d’apporter de l’aide aux nécessiteux. Ainsi, à chaque tremblement de terre qui a frappé l’Iran, les Pasdaran ont participé financièrement à la reconstruction des régions touchées, un fait occulté par les médias sionistes occidentaux qui préfèrent les faire passer pour de sombres affairistes corrompus.

Une importance économique considérable qui a poussé le département du Trésor américain à inscrire la totalité du CGRI sur la liste des organisations terroristes. Une liste différente de celle des organisations terroristes étrangères (FTO) du Département d’État, mais qui est aussi lourde de conséquences. En effet, cela signifie que les entreprises européennes qui veulent faire des affaires avec l’Iran risquent d’être sanctionnées par le gouvernement US si elles concluent directement ou indirectement un accord avec les Pasdaran.

Ces derniers se sont également affirmés au niveau politique (notamment au Parlement et dans les ministères), constituant une force politique essentielle dans la société iranienne.

Comptant plus de 125 000 hommes (même s’il est difficile de connaître précisément ses effectifs qui demeurent secrets), le CGRI est commandé depuis 2007 par le général Mohammad Jaafari.

Il est divisé en trois composantes (terrestre, navale, et aérienne) auxquelles s’ajoutent 90 000 volontaires du « Basij » (mobilisation), ainsi que plusieurs milliers d’hommes appartenant à la force Al-Qods. Cette dernière, dirigée par le mythique général Souleimany, est le bras armé de la République Islamique à l’étranger, et agit sur de nombreux théâtres d’opérations (Irak, Syrie, Yémen). Une mission qui se confond avec celles des forces spéciales classiques et des services de renseignements.

Les composantes terrestres et navales des Pasdaran se sont spécialisées dans la guerre asymétrique, se préparant à l’éventualité d’un conflit non-conventionnel contre des forces plus puissantes (notamment l’USSRAEL). Mais leur joyau reste le contrôle opérationnel qu’ils exercent sur les programmes de fabrication des missiles balistiques Shahab, capables d’atteindre l’entité sioniste. Ils constituent le différend principal qui oppose l’Iran et l’Empire américano-sioniste, pour qui, la neutralisation de ce programme est prioritaire.

Dépassant ses prérogatives de protecteur de la nation et de troupe d’élites, le corps des Pasdaran est également un acteur politique et économique majeur, animé par la défense et le maintien de l’Iran sur la voie de la Révolution Islamique.

L’influence du CGRI sur la société iranienne, mais aussi dans toute la région du Moyen-Orient, le place comme un acteur incontournable de la République Islamique et de l’« Axe de la Résistance », ainsi qu’une force redoutée par les tenants de son opposé, l’« Axe du mal » américano-sioniste.