Vladimir Poutine répond à la doctrine nucléaire de Trump et dévoile les nouveaux armements russes (Part 1/2)

Adresse de Vladimir Poutine à lAssemblée Fédérale, 1er mars 2018

La Russie surclasse les Etats-Unis et devient la première puissance militaire mondiale. 

Transcription :

[…] Chers collègues,

L’opération en Syrie a prouvé les capacités accrues des forces armées russes. Au cours des dernières années, beaucoup a été fait pour optimiser l’armée et la marine. Les forces armées ont maintenant 3,7 fois plus d’armes modernes.

Plus de 300 nouvelles unités d’équipement ont été mises en service. Les troupes de missiles stratégiques ont reçu 80 nouveaux missiles balistiques intercontinentaux, 102 missiles balistiques lancés par sous-marins et trois sous-marins nucléaires Borei à missiles balistiques. Douze régiments de missiles ont reçu le nouveau missile balistique intercontinental Yars. Le nombre de transporteurs d’armes de haute précision à longue portée a été multiplié par 12, tandis que le nombre de missiles de croisière guidés a augmenté de plus de 30 fois. L’armée, les forces aérospatiales et la marine se sont aussi considérablement renforcées. [Applaudissements]

La Russie et le monde entier connaissent les noms de nos derniers avions, sous-marins et armes antiaériennes, ainsi que de nos systèmes de missiles guidés terrestres, aériens et maritimes. Tous sont des armes de pointe et de haute technologie. Un champ radar solide visant à avertir d’une attaque de missile a été créé le long du périmètre de la Russie – c’est très important. D’énormes failles sont apparues après la désintégration de l’URSS. Toutes ont été réparées.

Un bond en avant a été fait dans le développement d’avions sans pilote; le centre de contrôle de la défense nationale a été établi; et le commandement opérationnel de la zone maritime lointaine a été formé. Le nombre de membres des services professionnels a augmenté de 2,4 fois et la disponibilité de l’équipement dans les forces armées est passée de 70% à 95-100%. L’attente pluriannuelle pour l’obtention d’un logement permanent a été éliminée, la période d’attente ayant été réduite de 83%. [Applaudissements]

Maintenant, sur le problème le plus important de la défense.

Je vais parler des plus récents systèmes d’armes stratégiques russes que nous sommes en train de développer en réponse au retrait unilatéral des États-Unis du Traité sur les missiles anti-balistiques (ABM) et au déploiement sur le terrain de leurs systèmes de défense antimissile, à la fois aux États-Unis et au-delà de leurs frontières nationales.

Je voudrais commencer par un bref rappel du passé récent.

En 2000, les États-Unis ont annoncé leur retrait du Traité sur les missiles anti-balistiques. La Russie y était catégoriquement opposée. Nous considérions le Traité ABM américano-soviétique signé en 1972 comme la pierre angulaire du système de sécurité international. En vertu de ce traité, les parties avaient le droit de déployer des systèmes de défense antimissile balistique dans une seule de leurs régions. La Russie a déployé ces systèmes autour de Moscou, et les États-Unis autour de leur base ICBM basée à Grand Forks [Dakota du Nord].

Avec le Traité de réduction des armements stratégiques, le Traité ABM créait non seulement un climat de confiance, mais empêchait également l’une ou l’autre des parties d’utiliser inconsidérément des armes nucléaires, ce qui aurait mis en danger l’humanité, car le nombre limité de systèmes de défense balistique rendait l’agresseur potentiel vulnérable à une frappe de riposte.

Nous avons fait de notre mieux pour dissuader les Américains de se retirer du Traité et préserver l’équilibre stratégique. Tous nos efforts ont été vains. Les États-Unis se sont retirés du Traité en 2002. Même après cela, nous avons essayé de développer un dialogue constructif avec eux. Nous avons proposé de travailler ensemble dans ce domaine pour apaiser les inquiétudes et maintenir l’atmosphère de confiance. À un moment donné, j’ai pensé qu’un compromis était possible, mais ce n’était pas le cas. Toutes nos propositions, absolument toutes, ont été rejetées. Alors, nous avons dit que nous allions devoir améliorer nos systèmes de frappe modernes pour protéger notre sécurité. En réponse, les États-Unis ont déclaré qu’ils ne créaient pas de système de défense balistique mondial contre la Russie, qui était libre de faire ce qu’elle veut, et que les États-Unis présumeront que nos actions ne sont pas dirigées contre eux.

Les raisons de cette position sont évidentes. Après l’effondrement de l’URSS, la Russie, connue sous le nom d’URSS ou de Russie soviétique à l’étranger, a perdu 23,8% de son territoire national, 48,5% de sa population, 41% de son PIB, 39,4% de son potentiel industriel (presque la moitié de notre potentiel, je tiens à le souligner), ainsi que 44,6% de sa capacité militaire en raison de la division des forces armées soviétiques entre les anciennes Républiques soviétiques. L’équipement militaire de l’armée russe devenait obsolète et les forces armées étaient dans un état pitoyable. Une guerre civile faisait rage dans le Caucase, et des inspecteurs américains supervisaient l’exploitation de nos principales usines d’enrichissement d’uranium.

Pendant un certain temps, la question n’était pas de savoir si nous serions en mesure de développer un système d’armes stratégiques – certains se demandaient même si notre pays serait capable de stocker et de conserver en toute sécurité les armes nucléaires dont nous avons hérité après l’effondrement de l’URSS. La Russie avait des dettes considérables, son économie ne pouvait pas fonctionner sans des prêts du FMI et de la Banque mondiale, et il était impossible de soutenir la sphère sociale.

Apparemment, nos partenaires ont eu l’impression que dans le futur prévisible, il serait impossible pour notre pays de relancer son économie, son industrie, son industrie de défense et ses forces armées à des niveaux soutenant le potentiel stratégique nécessaire. Et si tel était le cas, [se disaient les Etats-Unis], il ne servait à rien de compter avec l’opinion de la Russie, et il était nécessaire de rechercher davantage l’ultime suprématie militaire unilatérale afin de dicter ses termes dans toutes les sphères à l’avenir.

Fondamentalement, cette position, cette logique, à en juger par les réalités de cette période, est compréhensible, et nous sommes nous-mêmes à blâmer. Pendant toutes ces années, les 15 années écoulées depuis le retrait des États-Unis du Traité sur les missiles anti-balistiques, nous avons constamment essayé de réengager les Etats-Unis dans des discussions sérieuses pour parvenir à des accords dans le domaine de la stabilité stratégique.

Nous avons réussi à atteindre certains de ces objectifs. En 2010, la Russie et les États-Unis ont signé le nouveau traité START, contenant des mesures pour poursuivre la réduction et la limitation des armes offensives stratégiques. Cependant, à la lumière des projets de construction d’un système mondial de missiles anti-balistiques, qui sont toujours en cours aujourd’hui, tous les accords signés dans le cadre du nouveau START commencent à devenir obsolètes, car tandis que le nombre de porteurs et d’armes est en train d’être réduit, l’une des parties, à savoir les États-Unis, permet une croissance constante et incontrôlée du nombre de missiles anti-balistiques, améliore leur qualité et crée de nouvelles zones de lancement de missiles. Si nous ne faisons rien, cela aboutira finalement à la rétrogradation complète du potentiel nucléaire de la Russie. Cela signifie que tous nos missiles pourraient simplement être interceptés.

Malgré nos nombreuses protestations et plaidoyers, la machine américaine a été mise en mouvement, et la bande transporteuse a avancé. De nouveaux systèmes de défense antimissile ont été installés en Alaska et en Californie. A la suite de l’expansion de l’OTAN à l’Est, deux nouvelles zones de défense antimissile ont été créées en Europe occidentale : une a déjà été créée en Roumanie, tandis que le déploiement du système en Pologne est maintenant presque achevé. Leur portée continuera à augmenter. De nouvelles zones de lancement doivent être créées au Japon et en Corée du Sud. Le système de défense antimissile américain mondial comprend également cinq croiseurs et trente destroyers qui, à notre connaissance, ont été déployés dans des régions proches des frontières de la Russie. Je n’exagère pas le moins du monde. Et ce processus s’accélère rapidement.

Qu’avons-nous donc fait, en plus de protester et d’avertir ? Comment la Russie répondra-t-elle à ce défi ? Voilà notre réponse.

Pendant toutes ces années, depuis le retrait unilatéral des États-Unis du Traité ABM, nous avons travaillé intensivement sur des équipements et des armes avancés, ce qui nous a permis de faire une percée dans le développement de nouveaux modèles d’armes stratégiques.

Permettez-moi de rappeler que les États-Unis sont en train de créer un système mondial de défense antimissile principalement pour contrer les armes stratégiques qui suivent des trajectoires balistiques. Ces armes forment la colonne vertébrale de nos forces de dissuasion nucléaire, tout comme pour les autres membres du club nucléaire.

En tant que tel, la Russie a développé, et travaille continuellement à perfectionner, des systèmes très efficaces mais à prix raisonnable pour vaincre la défense antimissile. Ils sont installés sur tous nos complexes de missiles balistiques intercontinentaux.

En outre, nous nous sommes lancés dans le développement de la prochaine génération de missiles. Par exemple, le ministère de la Défense et les entreprises de l’industrie des missiles et de l’aérospatiale sont en phase active de mise à l’essai d’un nouveau système de missiles doté d’un lourd missile intercontinental. Nous l’avons appelé Sarmat.

Sarmat remplacera le système Voevoda fabriqué en URSS. Son immense pouvoir était universellement reconnu. Nos collègues étrangers lui ont même donné un nom assez menaçant [Satan].

Cela dit, les capacités du missile Sarmat sont beaucoup plus élevées. Pesant plus de 200 tonnes, il a une phase de lancement courte, ce qui le rend plus difficile à intercepter pour les systèmes de défense antimissile. La portée du nouveau missile lourd, le nombre et la puissance de ses blocs de combat sont plus importants que ceux de Voevoda. Sarmat sera équipé d’un large éventail de têtes nucléaires puissantes, y compris hypersoniques, et des moyens les plus modernes d’échapper à la défense antimissile. Le haut degré de protection des lanceurs de missiles et les importantes capacités énergétiques offertes par le système permettront de l’utiliser dans toutes les conditions.

Pourriez-vous s’il vous plaît projeter la vidéo [voir ci-dessous à partir de 2,00]. [Applaudissements]

[Applaudissements] La portée de Voevoda est de 11 000 kilomètress, tandis que Sarmat n’a pratiquement aucune limite de portée. [Applaudissements]

Comme le montre le clip vidéo, il peut frapper des cibles à la fois via les pôles Nord et Sud.

Sarmat est un missile formidable et, en raison de ses caractéristiques, il n’a rien à craindre des systèmes de défense antimissile les plus avancés. [Applaudissements]

Mais nous ne nous sommes pas arrêtés à cela. Nous avons commencé à développer de nouveaux types d’armes stratégiques qui n’ont pas du tout des trajectoires balistiques lorsqu’ils se dirigent vers une cible et, par conséquent, les systèmes de défense antimissile ne sont d’aucune utilité face à eux, absolument inutiles. [Applaudissements]

Permettez-moi d’élaborer sur ces armes.

Les armes avancées de la Russie sont basées sur les réalisations uniques et de pointe de nos scientifiques, concepteurs et ingénieurs. L’une d’entre elles est une petite unité extrêmement puissante d’énergie nucléaire qui peut être installée dans un missile comme notre dernier missile X-101 lancé par voie aérienne ou le missile américain Tomahawk – un type similaire mais avec une portée des dizaines de fois plus grande, des dizaines, de fait une portée illimitée. Il s’agit d’un missile furtif volant à basse altitude et transportant une ogive nucléaire, avec une portée presque illimitée, une trajectoire imprévisible et une capacité à contourner les systèmes d’interception. Il est invincible contre tous les systèmes de défense antimissile et de défense anti-aérienne existants ou du futur prévisible. Je vais répéter cela plusieurs fois aujourd’hui.

Fin 2017, la Russie a lancé avec succès son dernier missile à propulsion nucléaire sur le terrain d’entraînement central. Pendant son vol, le moteur nucléaire a atteint sa capacité prévue et fourni la propulsion nécessaire.

Maintenant que le lancement des missiles et les essais au sol ont été couronnés de succès, nous pouvons commencer à développer un type d’arme complètement nouveau, un système d’armes nucléaires stratégiques doté d’un missile à propulsion nucléaire.

Lancez la vidéo, s’il vous plaît [voir ci-dessous à partir de 1,50]. [Applaudissements]

Vous pouvez voir comment le missile contourne les intercepteurs. Comme la portée est illimitée, le missile peut manœuvrer aussi longtemps que nécessaire. [Applaudissements]

Comme vous le savez sans doute, aucun autre pays n’a développé quelque chose de comparable. D’autres pays auront un jour des armes similaires mais à ce moment-là, nous aurons trouvé quelque chose d’encore mieux.

Aujourd’hui, nous savons tous que la conception et le développement de systèmes d’armes sans pilote est une autre tendance commune dans le monde. En ce qui concerne la Russie, nous avons développé des engins submersibles sans pilote qui peuvent se déplacer à de grandes profondeurs (je dirais des profondeurs extrêmes) de manière intercontinentale, à une vitesse plusieurs fois supérieure à celle des sous-marins, des torpilles de pointe et de toutes sortes de navires de surface, y compris les plus rapides. C’est vraiment fantastique. [Applaudissements] Ils sont silencieux, extrêmement maniables et n’ont pratiquement aucune vulnérabilité que l’ennemi pourrait exploiter. Il n’existe tout simplement rien dans le monde qui soit capable d’y faire face ou d’y résister.

Les engins sous-marins sans pilote peuvent transporter des ogives conventionnelles ou nucléaires, ce qui leur permet d’engager diverses cibles, y compris des groupes de navires, des fortifications côtières et des infrastructures.

En décembre 2017, une unité nucléaire innovante conçue pour cet engin sous-marin sans pilote a achevé un cycle d’essais qui a duré de nombreuses années. L’unité de puissance nucléaire est unique par sa petite taille, tout en offrant un rapport puissance / poids incroyable. Elle est cent fois plus petite que les unités qui alimentent les sous-marins modernes, mais elle est encore plus puissante et peut passer en mode combat, c’est-à-dire atteindre une capacité maximale, 200 fois plus rapide.

Les tests qui ont été menés nous ont permis de commencer à développer un nouveau type d’arme stratégique qui transporterait des munitions nucléaires massives.

S’il vous plaît, lancez la vidéo [Voir ci-dessous à partir de 1,47].

[Applaudissements] Soit dit en passant, nous n’avons pas encore choisi de noms pour ces deux nouvelles armes stratégiques, le missile de croisière à portée mondiale et l’engin sous-marin sans pilote. Nous attendons des suggestions du ministère de la Défense. [Applaudissements]

Les pays ayant un potentiel de recherche élevé et une technologie de pointe sont connus pour développer activement des armes dites hypersoniques. La vitesse du son est généralement mesurée en nombre de Mach, en l’honneur du scientifique autrichien Ernst Mach qui est connu pour ses recherches dans ce domaine. Un Mach est égal à 1 062 kilomètres par heure à une altitude de 11 kilomètres. La vitesse du son est Mach 1, les vitesses entre Mach 1 et Mach 5 sont appelées supersoniques, et l’hypersonique est supérieure à Mach 5. Bien sûr, ce type d’arme procure des avantages substantiels dans un conflit armé. Les experts militaires pensent que ce système serait extrêmement puissant et que sa vitesse le rendrait invulnérable aux systèmes actuels de défense antimissile et aérienne, puisque les missiles intercepteurs ne sont, en termes simples, pas assez rapides. À cet égard, il est tout à fait compréhensible que les principales armées du monde cherchent à posséder une telle arme idéale.

Chers amis, la Russie a déjà une telle arme. [Applaudissements]

L’étape la plus importante dans le développement des systèmes d’armes modernes a été la création d’un système de missile hypersonique de haute précision. Comme vous le savez certainement, il est unique en son genre dans le monde. Ses essais ont été achevés avec succès et en outre, le 1er décembre de l’année dernière, ces systèmes ont commencé leur service d’essai sur les aérodromes du district militaire Sud.

Les caractéristiques de vol uniques de l’avion transporteur à grande vitesse permettent au missile d’être livré au point de décharge en quelques minutes. Le missile, volant à une vitesse hypersonique, 10 fois plus rapide que la vitesse du son, peut également manœuvrer à toutes les phases de sa trajectoire de vol, ce qui lui permet aussi de vaincre tous les systèmes de défense anti-aérienne et anti-missile existants et, je pense, à venir, portant des ogives nucléaires et conventionnelles à une portée de plus de 2 000 kilomètres. Nous avons appelé ce système Kinzhal (Dague).