Hassan Nasrallah : les guerres du pétrole et du gaz au Moyen-Orient. (Part 2/2)

Discours du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, le 16 février 2018, à l’occasion de la commémoration des dirigeants martyrs du Hezbollah (Cheikh Ragheb Harb, Sayed Abbas Mousawi, Hajj Imad Moghniyeh)

 

Troisièmement : jusqu’à présent, les Libanais ont été et sont toujours unis dans cette bataille, la bataille de la frontière maritime et des droits pétroliers et… que sais-je encore… gaziers. Quand je dis pétrole, je veux dire pétrole et gaz (hydrocarbures), c’est plus simple. Unis dans la préservation des droits du Liban, de ses frontières, du refus de toute compromission à leur égard. Il faut que nous restions unis. Car l’unité de la position libanaise officielle et de la position populaire est le plus important – je dis bien le plus important, et non l’un des plus importants –, c’est le plus important facteur de victoire dans cette bataille, qui nous permettra de l’emporter et d’y réaliser nos objectifs. Il faut que les responsables libanais et que les forces politiques ne permettent pas aux diables de se jouer des Libanais, de semer la dissension parmi eux ou d’anéantir leur position (commune), et en parlant de diables, je désigne les Etats-Unis. Ce sont eux les diables qui viennent nous susurrer leurs mauvaises paroles dans ce dossier.

Quatrièmement : nous avons déclaré précédemment, et nous nous sommes engagés depuis l’an 2000, et cet engagement est toujours valable, quant aux positions de la Résistance, que nous n’intervenons pas dans la délimitation de la frontière terrestre ou maritime. C’est là la responsabilité de l’Etat. Et c’est pourquoi nous avons fait savoir aux responsables notre point de vue et notre position, et nous avons dit que nous ne nous ingérons pas (dans cette délimitation), ni en mètres, ni en kilomètres, ni en longueur, ni en largeur, c’est là la responsabilité de l’Etat. En 2000, je vous rappelle que j’ai dit, le soir même de la victoire, qu’en tant que Résistance, nous sommes engagés (pour reprendre ou défendre) toute parcelle de territoire libanaise définie comme telle par l’Etat libanais. Ce n’est pas nous, la Résistance, qui déterminons quel territoire est libanais ou non. Bien sûr, le Hezbollah a sa propre vision sous-jacente sur cette question, et je ne veux pas en parler (pour le moment), mais telle est notre position.

Aujourd’hui encore, alors que nous sommes au cœur de cette bataille, nous renouvelons (notre position) et déclarons que nous sommes extérieurs à cette dispute. La frontière terrestre, la frontière maritime et les droits du Liban doivent être déterminés par l’Etat et ses institutions. Et cela signifie – car ce n’est pas une exception, ce n’est pas une exception que je fais, c’est leur responsabilité. La Résistance (même), la défense du pays, sont la responsabilité de l’Etat. La Résistance (du Hezbollah) n’est apparue que pour remplacer un élément absent (l’Etat libanais étant incapable de se défendre) et combler ce vide. Nous ne faisons pas là une exception, c’est la responsabilité de l’Etat.

Mais sur le terrain, cette responsabilité implique que les responsables actuels de l’Etat et ses organes, dans ce dossier historique, économique, vital et sensible pour les Libanais, doivent être au niveau de confiance et de fiabilité requis, avoir beaucoup de courage, et assumer cette responsabilité. Et le peuple libanais a actuellement les yeux rivés sur vous. Nous sommes tous concernés et devons aider l’Etat et sa position, le soutenir et se tenir à ses côtés, dans tout ce qu’il veut et dans tout ce qu’ils demandera. Mais l’Etat doit également pour sa part avoir une position résolue, ferme et intangible (sur cette question).

Cinquièmement, et c’est là un point très important. L’Etat libanais, et à ses côtés le peuple libanais, doivent se comporter dans ce dossier en position de force. (Nous devons considérer que nous sommes les plus forts), et pas que nous sommes faibles. Si les Libanais se considèrent faibles, c’est une erreur fatale, et notre défaite est assurée. Si, dans le for intérieur des dirigeants et responsables libanais officiels, il y a un sentiment de peur, de faiblesse ou d’impuissance, l’impression que nous sommes incapables de faire quoi que ce soit, ou qu’il y a d’énormes pressions internationales sur nous auxquelles nous ne pouvons pas résister, ou que nous sommes obligés de céder nos droits, nos frontières, nos ressources, notre souveraineté, c’est là le premier aveu d’impuissance et la voie de l’échec. Je veux dire à tout le monde que nous, le Liban – je ne parle pas seulement de la Résistance –, si nous sommes unis, avec nos moyens et capacités, nous sommes les plus forts. Et nous devons négocier en position de force. Nous devons suivre ce dossier en position de force. Et cet Israël qui vous menace, vous pouvez le menacer. Et si les Etats-Unis vous disent que vous devez céder pour qu’ils empêchent Israël de vous attaquer, vous pouvez leur rétorquer que c’est plutôt à eux de satisfaire vos demandes pour que vous empêchiez le Hezbollah d’attaquer Israël ! [Audience : A ton service, ô Nasrallah]. Israël sait bien, les Etats-Unis savent bien, eux qui sont venus (au Liban) parler du (problème que représenterait) le Hezbollah, ils savent, ils savent (avec certitude), et je veux le dire aux Libanais, que votre seule force, avec toute la considération due à l’équation en or (Armée-Peuple-Résistance), mais dans cette bataille, dans cette bataille précise, la bataille du pétrole et du gaz, la seule force que vous avez, ô Libanais, c’est la Résistance (le Hezbollah). Car il est interdit à l’armée libanaise de posséder des missiles sol-sol, sol-mer ou sol-air. Ce n’est pas parce que l’armée est (intrinsèquement) faible. L’armée libanaise, ses dirigeants, ses officiers, ses rangs, ses soldats, ont un niveau très haut de courage, de dignité et de responsabilité. Mais l’accès à ces armes lui est (formellement) interdit. Qui interdit l’accès à ces armes à l’armée libanaise ? Les Etats-Unis ! Je vais revenir à eux dans un instant.

Par conséquent, aujourd’hui, le Liban et tout Libanais peuvent se lever et dire « Non, prenez garde. Si vous nous empêchez (d’accéder à nos ressources), nous vous empêcherons (d’accéder aux vôtres). Si vous nous bombardez, nous vous bombarderons. Si vous nous frappez, nous vous frapperons. » Nous avons le courage, la force et la capacité requis, et notre ennemi le sait bien. Ce ne sont pas là des discours (tonitruants mais vains) du temps de l’impuissance arabe. Ce ne sont pas des menaces en l’air. Israël le sait bien. C’est pourquoi nous espérons que l’Etat agira en position de force : vous êtes les plus forts, et vous devez simplement prendre la décision (d’agir depuis cette position).

Dans ce dossier, nous sommes à vos ordres. Essayons donc, par Dieu, faisons l’expérience ! Nous sommes les plus forts ! Que le Haut Conseil de Défense Libanais officiel décide que telles installations d’extraction de pétrole et de gaz dans la mer palestinienne usurpée par Israël, l’entité ennemie, n’ont pas le droit d’opérer, et je vous promets qu’en quelques heures, elles ne seront plus actives (car le Hezbollah les détruira). Elles cesseront leur activité. [Audience : A ton service, ô Nasrallah.]

Nous devons considérer que ce sont là nos droits (exclusifs). Personne ne nous ferait de faveur en nous les accordant (car ils sont déjà à nous). Ce sont nos droits et nous devons nous en emparer, et nous sommes en position de force et capables de les obtenir. Voilà donc pour le cinquième point.

Sixièmement, concernant l’intermédiaire actuel (entre le Liban et Israël, qui n’ont pas de relations directes). L’Etat peut bien accepter l’intermédiaire qu’il veut. Nous ne mettrons pas de veto. Pas même en tant que force politique, (via nos députés) ou nos ministres présents dans le gouvernement libanais, nous ne mettrons pas de veto. Vous avez accueilli les Etats-Unis, vous les avez acceptés en tant qu’intermédiaires et vous négociez avec eux, très bien. Mais nous devons êtes bien conscients d’une chose : les Etats-Unis ne sont pas un intermédiaire intègre (neutre ou désintéressé), surtout si l’autre partie de la négociation est l’entité israélienne. Et si vous voulez une preuve, écoutez l’Autorité palestinienne, les organisations de libération de la Palestine et tous les Palestiniens, qui ont déclaré ouvertement et publiquement, partout, que les Etats-Unis ne sont pas un intermédiaire intègre. Après ce qu’a fait Trump d’Al-Quds (Jérusalem), y a-t-il encore place pour la discussion ? Les Etats-Unis ne sont pas un intermédiaire intègre. Et vous devez vous comporter avec l’intermédiaire américain sur la base du fait qu’il est seulement là pour protéger Israël (et ses intérêts). En réalité, il n’y a même pas 3 (interlocuteurs). Le Liban négocie directement avec Israël, qui est représenté par Tillerson, Satterfield ou X. Telle est la réalité. C’est pourquoi il ne faut pas compter sur (l’intégrité ou la neutralité de) cet intermédiaire. Les Etats-Unis ne veulent aucunement l’intérêt des Libanais. Ils ne se soucient que des intérêts sionistes. Et ils veulent prendre le maximum possible de nos eaux et de nos ressources dans l’intérêt d’Israël. Nous devons être bien conscients de cette réalité et être particulièrement vigilants lorsque nous négocions avec les Etats-Unis.

Et plus encore, ô mes frères et sœurs, ô notre peuple libanais, vous savez tous ce qui s’est passé cette semaine. Nul besoin d’informations particulières pour savoir ce qui s’est passé (entre les représentants des Etats-Unis) et les Présidents, responsables et ministres (libanais), car les Américains eux-mêmes l’ont déclaré publiquement. Les Etats-Unis ne sont pas même venus comme intermédiaires, ils n’agissent pas comme de simples intermédiaires (entre le Liban et Israël). Les Etats-Unis ne sont venus que pour transmettre (leurs volontés), (les) imposer et (nous) menacer : « O Liban, si tu n’acceptes pas telle et telle chose – je ne vais pas entrer dans les détails –, alors vous n’aurez ni frontières, ni pétrole, ni eaux, aucune compagnie (étrangère) ne viendra (vous aider à exploiter vos ressources)…  » Est-ce là un intermédiaire ? Ils ne sont venus que pour délivrer un message de menaces aux Libanais ! « Et vous devez accepter ceci, sinon, vous subirez cela et cela… » Ce n’est pas (le propos) d’un intermédiaire. Quoi qu’il en soit… Même les formes que doit respecter l’intermédiaire, ils ne les ont pas respectées.

Je veux conclure cette partie de mon propos en disant que nous sommes face à un défi historique et économique majeur pour le Liban, pour son avenir et sa souveraineté, et nous Libanais devons tous nous comporter avec unité, conscience, responsabilité, courage, fiabilité. Nous devons croire en notre droit et en notre force, et ne pas nous laisser duper quant à nos droits, ni céder à l’intimidation, ni aux menaces, et nous serons victorieux par la Grâce de Dieu, en toute certitude. L’unité, l’endurance et la persévérance, la sincérité et l’attachement (indéfectible) aux droits amènent sans aucun doute la victoire. Bien sûr, cela prend du temps, il y a des obstacles et des difficultés, mais les choses finiront pour le mieux. […]

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