La Chine renforce son influence au Proche et au Moyen-Orient

Soucieuse de défendre ses approvisionnements pétroliers indispensables à sa croissance et assurer ses intérêts économiques, la Chine est de plus en plus présente dans les régions hautement stratégiques du Proche et du Moyen-Orient.

Installation de bases militaires, activité diplomatique intense, et engagement de plus en plus actif dans les conflits touchant la région, l’Empire du milieu a décidé d’y augmenter son implication et de contrer l’hégémonie américaine.

En effet, l’espace moyen-oriental est un immense carrefour qui possède des frontières (maritimes et terrestres) avec l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Cet espace de transit est sillonné de grands itinéraires commerciaux, et les grandes routes maritimes qui le « traversent » bénéficient de points de passage stratégiques au niveau international tels que le canal de Suez, le détroit de Bab el-Mandeb en Mer Rouge et celui d’Ormuz dans le Golfe persique.

Ces axes d’échanges constituent des enjeux majeurs pour la circulation des marchandises et surtout dans le processus d’acheminement des ressources pétrolières. En effet, près de la moitié du pétrole transporté dans le monde provient du Moyen-Orient. Il est chargé en Méditerranée orientale, dans le Golfe persique ou en mer Rouge, à destination du Japon ou de la Chine, de l’Amérique du Nord et de l’Union européenne.

C’est principalement pour cela que le Moyen-Orient est, depuis la fin de la Première Guerre mondiale, l’un des points les plus « chauds » de la planète.

La dépendance en pétrole de la Chine la pousse à s’engager en faveur d’une politique visant à neutraliser les conflits plutôt que les attiser, ce qui ferait flamber les prix des hydrocarbures.

La Chine veut donc militer, dans une région marquée par des décennies de troubles, pour la paix, le développement et la stabilité, comme l’avait expliqué le président Xi Jinping auprès de la Ligue arabe au Caire, en 2016, lors de sa première tournée à l’étranger et de sa première visite dans la région.

Elle s’engage ainsi plus activement dans la volonté de règlement du conflit israélo-palestinien comme le montre la venue à Pékin de Mahmoud Abbas en juillet 2017. Ou encore, l’organisation par la Chine les 21 et 22 décembre derniers, d’une rencontre décrite comme une « plate-forme de communication et d’interaction entre ceux qui, en Palestine et en Israël, appellent à la paix », suite à la volonté de la direction palestinienne de rompre avec le médiateur américain traditionnel. En effet,  après la reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem/Al-Qods comme capitale de l’entité sioniste criminelle, Washington a perdu toute crédibilité aux yeux de l’Autorité palestinienne. Une brèche dans laquelle Pékin s’est engouffrée promptement.

La Chine a également renforcé sa coopération militaire avec un autre acteur majeur de la région, la République islamique d’Iran et souhaite son intégration au sein du Bloc de Shanghai (OCS), une alliance économique et sécuritaire dirigée par la Russie et la Chine, les deux pays qui s’opposent le plus à une guerre occidentale contre l’Iran.

En outre, en novembre 2016, le général Chang Wanquan ministre chinois de la Défense, et son homologue iranien Hossein Dehghan, avaient signé un accord de coopération militaire prévoyant des échanges entre militaires, une formation antiterroriste commune et des exercices conjoints.

Une rencontre qui s’était concrétisée au mois de juin dernier, par un exercice naval conjoint dans le Golfe persique, en pleine période de crispation entre la marine US et les navires iraniens dans le détroit d’Ormuz.

Alors qu’elle étend lentement mais sûrement sa portée au Moyen-Orient, la Chine soutient fermement l’Iran dans sa tentative de se soustraire au sabotage américano-sioniste. Ainsi, au mois de septembre dernier, peu de temps après l’annonce par l’administration Trump de nouvelles sanctions contre la République islamique, une société d’investissement publique chinoise aurait accordé une ligne de crédit de 10 milliards de dollars à des banques iraniennes. Celles-ci utiliseront spécifiquement le Yuan et l’Euro – au lieu du Dollar – comme moyen de contourner les sanctions US.

L’Iran expédie 90% de sa production pétrolière en Asie,  vers la Chine principalement. Mais rappelons aussi que la Chine est le premier partenaire commercial de l’Arabie Saoudite, notamment en termes d’exportations pétrolières.

La Chine envisagerait également d’augmenter sa présence militaire au Proche-Orient et d’y installer sa deuxième base militaire. En effet, Pékin compte construire une base navale militaire aux alentours du port stratégique pakistanais de Gwadar, ce qui témoignerait de sa prétention visant à « militariser » le Pakistan et en particulier l’Océan indien afin, notamment, de contrebalancer les capacités beaucoup plus importantes de la flotte indienne.

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, a ainsi affirmé le 2 janvier dernier, lors d’un point de presse, que son pays envisageait un renforcement de coopération avec Islamabad dans tous les domaines. Une déclaration qui faisait écho à la crise de confiance entre le Pakistan et les États-Unis, suite à la décision de Trump de geler les aides de Washington au gouvernement du Pakistan qu’il accuse d’être un « refuge pour les terroristes ».

Fidèle à son pragmatisme en matière de relations diplomatiques et économiques, Pékin jouit au Moyen-Orient d’une image positive. Respect de la souveraineté et non-ingérence dans les affaires intérieures constituent en effet les principes fondamentaux de la politique extérieure chinoise, ce qui pousse de nombreux pays de la région, mêmes ceux traditionnellement liés aux Américains, à nouer des liens de plus en plus fort avec la Chine.

Ces liens importants, tissés depuis le début des années 2000 et dont le monde n’a pas encore pris toute la mesure, pourraient même bientôt s’exprimer dans le jeu politique. Lutte contre le terrorisme takfiriste, conflit israélo-palestinien, tensions entre l’Arabie-Saoudite et l’Iran : la Chine souhaite devenir un acteur majeur de tous ces sujets et avoir son mot à dire, ce qui pourrait bénéficier notamment aux victimes de la politique impérialiste des américano-sionistes.

Le Parti Anti Sioniste suit d’un œil attentif l’implication discrète mais croissante de la Chine dans cette région hautement stratégique, en espérant que celle-ci viendra tempérer les ardeurs guerrières et destructrices de l’Axe américano-sioniste, dont le contrôle sur le Proche et Moyen-Orient commence à décliner.

Lentement mais sûrement, Pékin s’inscrit désormais comme un des grands acteurs de cette région et oblige les États-Unis, l’entité sioniste et les pays européens à lui reconnaître, non sans inquiétude, ce statut d’élément incontournable avec lequel il faut désormais compter.

Commentaires