Manifestation des "indignés" espagnols, réclamant "Un toit et un travail, sans être esclave !" (Madrid, 24/07/11).
Espagne : Les « indignés » manifestent à nouveau !
Jusqu'à la mi-juin, le campement des « indignés » espagnols de la Puerta del Sol avait permis, pendant un mois, de relayer les revendications du Mouvement du 15 Mai, tout en jouant le rôle de vitrine de ce dernier. Une fois le camp levé, le mouvement a dû créer l’actualité au-delà de Madrid et des grandes villes où il s’était installé.
Des assemblées et des actions ponctuelles se sont alors multipliées sur tout le territoire espagnol. Les participants ont ainsi réclamé :
‣ Le blocage par les « indignés » des exécutions d’hypothèque.
‣ Le refus des contrôles d’identité arbitraires des immigrés.
‣ Des marches solidaires aux quatre coins de l’Espagne pour rejoindre la Puerta del Sol le 23 juillet.
‣ L’organisation de grandes manifestations les 19 juin et 23 juillet.
‣ La prévision de futurs rassemblements les 15 et 19 octobre prochains.
‣ Des assemblées populaires régulières dans les quartiers madrilènes et dans les grandes villes du pays, reprenant le modèle mis en place Puerta del Sol.
‣ Un débat du peuple sur l’état de la Nation (le chômage est de 21,29 %).
‣ Un sit-in devant les instances politiques où avaient été récemment investis les élus, suite aux élections municipales et régionales du 22 mai dernier.
Deux mois après leur première manifestation, des milliers d' « indignés » sont de retour Puerta del Sol. Ils ont repris possession, pendant deux jours, de la place madrilène, point de départ symbolique du mouvement vers où ont convergé, samedi 23 juillet, six caravanes arrivées de toute l'Espagne sous une banderole sur laquelle était inscrit : « Stop the New World Order » (Arrêtez le Nouvel Ordre Mondial). « Nous sommes ici pour maintenir l'élan du mouvement », explique Ivan Gracia, étudiant en philosophie de 24 ans venu de Saragosse (dans le nord), et qui s'apprête à passer la nuit sur la place. Pour la journée du dimanche 24, le journal El País comptait 35.000 manifestants, un mois après leur dernière grande mobilisation du 19 juin, qui avait rassemblé plus de 200.000 personnes dans toute l'Espagne. Fort d'un large appui populaire (deux tiers des Espagnols selon les enquêtes d'opinion), le mouvement sans précédent en Espagne s'est enraciné dans tout le pays depuis la mi-mai.
« Nous préparons le campement pour accueillir ceux qui viennent de province. Nous installons une nouvelle fois la grande cuisine », lance fièrement Rafael Rodriguez Ballesteros, 56 ans, restaurateur au chômage qui, pendant un mois, a préparé des milliers de repas pour les occupants de la place. « Nous sommes revenus pour montrer que le mouvement n'est pas mort, malgré les vacances », a-t-il ajouté. Au même moment, les « indignés » atteignaient les portes de Madrid, rejoints par les habitants des quartiers de la capitale. « En deux mois, remarquait Fernando Carasa, étudiant en anthropologie de 26 ans, nous avons annulé une soixantaine d'expulsions, créé une pression sociale et réussi une mobilisation plus importante que tout autre parti politique ». De fait, les « indignés » ont pris l’habitude de manifester pour empêcher les expulsions de propriétaires incapables de faire face à leurs emprunts immobiliers, l'une des conséquences de la crise économique.
Le gouvernement, embarrassé par ce mouvement citoyen où se côtoient chômeurs, salariés, retraités et étudiants, a semblé apporter une première réponse en annonçant, le 1er juillet, des mesures d'aide aux foyers surendettés. Le candidat socialiste aux législatives de mars 2012, Alfredo Perez Rubalcaba, a annoncé qu'une réforme de la loi électorale, réclamée par les « indignés », serait inscrite à son programme, sans pourtant convaincre le mouvement qui ne cesse de dénoncer la « fracture sociale » entre citoyens et monde politique.
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