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Derrière les révoltes arabes se trouve un mot que nous n’osons pas prononcer…

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Dimanche, 11 Septembre 2011 [Section :  Actualités antisionistes]
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John Pilger, journaliste, scénariste et réalisateur australien.John Pilger, journaliste, scénariste et réalisateur australien.

Derrière les révoltes arabes se trouve un mot que nous n’osons pas prononcer…

Par John Pilger, journaliste, scénariste et réalisateur australien.

Peu après l’invasion de l’Irak en 2003, j’ai interviewé Ray Mc Govern, un des officiers du groupe d’élite de la CIA qui préparait le rapport quotidien des services de renseignement pour le Président. Mc Govern se trouvait au coeur du monolithe de la sécurité nationale que constitue le pouvoir américain, et a pris sa retraite avec les félicitations du Président. La veille de l’invasion, lui et quarante-cinq autres officiers supérieurs de la CIA et d’autres services de renseignement ont écrit au Président George W. Bush, pour dire que les « tambours de la guerre » étaient basés sur des mensonges et non des renseignements.

Mc Govern : C’était du bidon à 95%.

Moi : Comment ont-ils fait pour s’en tirer ?

Mc Govern : C’est la presse qui a permis aux cinglés de s’en tirer.

Moi : Qui sont les cinglés ?

Mc Govern : Les gens de l’administration Bush ont des croyances assez proches de celles exprimées dans "Mein Kampf" […] Ce sont ces personnes qui, dans les milieux du sommet que je fréquentais, étaient qualifiées de "cinglés".

Moi : Norman Mailer a écrit qu’il pensait que l’Amérique était entrée dans un État pré-fasciste. Qu’en pensez-vous ?

Mc Govern : Eh bien… J’espère qu’il a raison, parce qu’il y en a d’autres qui disent que nous y sommes déjà.

Le 22 janvier 2011, Mc Govern m’a envoyé un courrier électronique pour me faire part de son dégoût soulevé par le traitement barbare infligé par l’administration Obama au lanceur d’alerte Bradley Manning (militaire de l'armée américaine accusé d'avoir transmis à Wikileaks différents documents militaires classés secret défense), et les poursuites contre le fondateur de Wikileaks, Julian Assange : « A l’époque, lorsque George [W. Bush] et Tony [Blair] ont décidé que ça pouvait être amusant d’attaquer l’Irak, j’ai dit quelque chose comme : "le fascisme a déjà commencé ici…". J’avoue que je ne pensais pas que les choses allaient empirer à ce point et aussi rapidement ».

Le 16 février, le Secrétaire d’État Hillary Clinton a prononcé un discours à l’Université George Washington, où elle condamnait les gouvernements qui arrêtaient les manifestants et réprimaient la liberté d’expression. Clinton a loué le pouvoir libérateur d’Internet, tout en évitant de dire que son gouvernement prévoyait de fermer les parties d’Internet qui encourageaient la dissidence et la diffusion de la vérité. Ce fut un discours d’une hypocrisie spectaculaire, et Mc Govern se trouvait parmi le public. Scandalisé, il s’est levé de sa chaise et, en silence, a tourné le dos à Clinton. Il fut immédiatement saisi par la police et un agent de sécurité, battu au sol, traîné dehors et jeté, ensanglanté, en prison. Il m’a envoyé des photos de ses blessures. Il a 71 ans. L’agression s’est déroulée sous les yeux de Hillary Clinton qui n’a pas interrompu son discours.

Le fascisme est un mot difficile à prononcer, parce qu’il colporte des connotations autour du nazisme. Il est souvent employé à tort contre les ennemis officiels de l’Amérique pour promouvoir les aventures militaires occidentales, avec le recours à un vocabulaire issu de la lutte contre Hitler. Et pourtant, le fascisme et l’impérialisme sont jumeaux. Au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale, ceux qui dans les États impérialistes avaient donné leurs lettres de noblesse à la supériorité raciale et culturelle de la « civilisation occidentale », ont découvert que Hitler et le fascisme avaient employé des méthodes nauséabondes étonnement similaires aux leurs. Du coup, la notion même d’impérialisme américain fut rayée des livres d’histoire, la culture populaire d’une nation impériale fut forgée dans la conquête génocidaire des peuples indigènes, et la guerre contre la justice sociale et la démocratie fut rebaptisée « politique étrangère des États-Unis ».

Comme l’historien William Blum (ancien haut fonctionnaire du département d’État américain, qu’il quitta en 1967 en raison de son opposition à la guerre du Vietnam) l’a écrit, depuis 1945, les États-Unis ont détruit ou subverti plus de cinquante gouvernements, dont bon nombre de démocraties. Ils ont fait appel à des meurtriers en masse tels que Suharto, Mobutu et Pinochet pour jouer les sous-traitants. Au Moyen-Orient, chaque dictature ou pseudo-monarchie a été soutenue par les États-Unis. Dans « Opération Cyclone », la CIA et MI6 ont secrètement fomenté et financé l’extrémisme islamique. L’objectif était d’écraser le nationalisme et la démocratie. La majorité des victimes du terrorisme d’État occidental ont été des musulmans. Les gens courageux abattus la semaine dernière à Bahreïn et en Libye (cette dernière étant « un marché prioritaire » selon les fournisseurs d’armes officiels britanniques) ont rejoint les enfants de Gaza explosés en morceaux grâce au dernier modèle d’avion de chasse américain F-16.

La révolte dans le monde arabe n’est pas dirigée uniquement contre un dictateur local, mais aussi contre la tyrannie économique mondiale concoctée par le Département du Trésor américain, et imposée par l’Agence pour le Développement International Américain (USAID), le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale, qui ont pris soin de réduire des pays comme l’Égypte en de vastes usines à sueur où la moitié de la population gagne moins de 2 dollars par jour. Le triomphe du peuple égyptien fut le premier coup porté contre ce que Benito Mussolini appelait le « Corporatisme », un mot qui apparaît dans sa définition du fascisme.

Comment l’Occident libéral est-il tombé dans un tel extrémisme ? « Il est nécessaire de détruire l’espoir, l’idéalisme, la solidarité, la préoccupation pour les pauvres et les opprimés […] remplacer ces sentiments dangereux par l’égoïsme, un cynisme omniprésent qui prétend que l’ordre capitaliste d’État avec ses inégalités et oppression inhérents est le mieux que l’on puisse faire. En fait, une campagne de propagande internationale massive se déroule pour convaincre les gens – particulièrement les jeunes – que ceci est non seulement ce qu'ils doivent penser, mais que c’est en fait exactement ce qu’ils pensent », observait le linguiste et philosophe américain Noam Chomsky il y a vingt ans.

Comme les révolutions européennes de 1848 et le soulèvement contre le Stalinisme en 1989, la révolte arabe s’est débarrassée de la peur. Aux États-Unis, où 45% des jeunes Afro-américains sont sans emploi, et où les gestionnaires de Hedge Funds (fonds d’investissements à haut risque) les mieux payés touchent en moyenne un milliard de dollars par an, les manifestations massives contre les coupes budgétaires et les suppressions d’emploi se sont répandues dans les États du centre tels que le Wisconsin. En Grande-Bretagne, le mouvement de protestation en plein essor « UK Uncut », créé en octobre 2010 contre les coupes budgétaires publiques, se prépare à engager des actions directes contre ceux qui sont coupables d’évasions fiscales et contre les banques voraces.

Quelque chose a changé définitivement. Désormais, l’ennemi a un nom…

Source : www.truth-out.org
Traduction : www.legrandsoir.info

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